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dimanche 7 mai 2017

Education bienveillante : de quoi parle-t-on ?

EDUCATION BIENVEILLANTE : ÊTRE À L’ÉCOUTE DES TOUT-PETITS ET DE LEURS ÉMOTIONS

Education bienveillante : de quoi parle-t-on ?

Récemment, les Caisses d’Allocations Familiales, ainsi que Laurence Rossignol, ont mis en avant l’importance de l’éducation bienveillante pour garantir le plein épanouissement de l’enfant - et par extension celui de l’adulte qu’il deviendra - ainsi que pour prévenir les violences faites aux enfants dans notre pays. Derrière ce terme sont regroupés différentes approches d’éducation, différents courants, tous au service d’une relation à l’écoute des besoins de l’enfant… L’éducation bienveillante repose surtout sur différentes théories, et autres concepts, loin d’être aussi récents qu’on veut bien nous le faire croire…
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La théorie de l’attachement :  les interactions avec l’adulte sont fondamentales
L'un des premiers fondements de l’éducation bienveillante, c’est la théorie de l’attachement. Elaborée par John Bowlby entre les années 50 et 80, cette théorie met en exergue le fait que dans l’enfance, l’humain construit des modèles d’attachement, en fonction des interactions qu’il aura avec les adultes qui l'entourent, et de la façon dont ils sauront, ou pas, répondre à ses besoins. C’est à partir de ces premières expériences interactionnelles que l’enfant va construire sa base de sécurité, et cela va avoir des conséquences sur la façon dont plus tard, il va oser manifester sa détresse, demander de l’aide, et trouvera du soutien ; autrement dit, sur la façon dont il va créer des liens.

La psychologie positive : comprendre pourquoi ceux qui vont bien vont bien !
Un autre pilier de l’éducation bienveillante est la psychologie positive, que l'on confond souvent à tort avec la pensée positive. Non, pratiquer une éducation bienveillante, ce n’est pas voir la vie en rose 24h/24, avoir la pêche et l'envie de s’amuser même à 2h du matin. Ce n’est pas non plus être gentil et doux et prendre les choses du bon côté quand le petit B, 2 ans, exerce ses talents d’artiste sur le  mur du salon avec des feutres non lavables. La psychologie positive, élaborée en 1998 par Martin E.P. Seligman, s’oppose à la psychologie clinique. Cette dernière s’intéresse à la pathologie, à la souffrance psychique, et émet des hypothèses sur ce qui amène le patient à souffrir, en analysant son vécu infantile ou la façon dont il interagit avec le monde, alors que la psychologie positive, elle, s’intéresse aux adultes bien dans leur peau, qui ont confiance en eux, réussissent professionnellement et affectivement. Elle répond à la même rigueur scientifique que la psychologie clinique mais n’étudie pas l’humain sous le même angle. La psychologie positive, donc, a pu tirer, à partir de l’étude sur des adultes épanouis, quels étaient les facteurs qui pourraient aider les enfants, à devenir confiants, responsables, empathiques, et résilients.

La Communication Non Violente (CNV) : le langage de l’empathie
La Communication Non Violente est un « langage », une façon de communiquer élaborée par Marshall B. Rosenberg dans les années 70, visant la connexion avec l’autre basée sur l’empathie. Elle découle de l’Approche Centrée sur la Personne de Carl Rogers, dont Marshall Rosenberg a été l’élève. La CNV invite chacun à se centrer sur ses propres besoins, à prendre la responsabilité de leur satisfaction, avec l’aide ou non des autres, auxquels il est alors fait une demande. Cette approche implique de prendre conscience de ses émotions, de savoir les nommer et les traduire en besoins à satisfaire pour ensuite passer à l’élaboration de stratégies visant à cet objectif. Elle invite à sortir du conditionnement induit par notre éducation et notre culture, qui nous amène souvent à poser des jugements moraux, des évaluations, des interprétations, sur ce qui ne sont en réalité que des faits observables par le prisme de notre propre perception.
Dans le courant de la Communication Non Violente, ont émergé des approches telles que celles développées par Haim Ginott, et mises en pratique par Adèle Faber et Elaine Mazlish, ou encore Thomas Gordon, qui ont adapté la communication Non Violente à des relations adultes/enfants. Aux travers d’ateliers à destination des parents et des éducateurs, tels que les ateliers « parler pour que les enfants écoutent », pour ne citer qu’eux.

Les neurosciences :  une meilleure connaissance du cerveau de l’enfant et de ses possibilités.
Les neurosciences sont l’ensemble des découvertes sur le fonctionnement du cerveau. Grâce aux progrès de l’imagerie, celles-ci ont connu de grandes avancées ces 15 dernières années, venant ainsi infirmer certaines hypothèses ou en confirmer d’autres. On sait de mieux en mieux comment se développe le cerveau du jeune enfant, et ainsi appréhender avec plus de justesse ce que celui-ci peut faire, comprendre ou comment il se représente son environnement en fonction de son âge. On sait également que certaines compétences sont présentes dès la naissance (comme les capacités d’empathie ou le jugement moral), mais que celles-ci vont se développer de façon plus ou moins harmonieuse en fonction des interactions du bébé avec son environnement. Toutes ces découvertes nous indiquent comment il nous est possible d’accompagner les enfants dont nous avons la responsabilité, pour leur permettre d’avoir un développement le optimal possible.

Un accompagnement bienveillant qui s’appuie sur les compétences de l’enfant
En périphérie de tout ça, on retrouve tout un ensemble de pratiques issues du maternage proximal (comme le portage, l’allaitement,…) de l’éducation (comme la motricité libre ou la vision de  Maria Montessori). Ces approches vont dans le sens d’un positionnement relationnel basé sur la confiance dans les ressources de l’enfant pour aller vers son propre développement, à partir de ses propres expériences sensorielles et motrices. Ce qui implique un soutien, un accompagnement bienveillant de la part de l’adulte, qui devient un tuteur qui accueille, enseigne et transmet à l’enfant par le biais de la relation qu’il construit avec lui, les compétences relationnelles et émotionnelles lui permettant progressivement d’appréhender les contours de sa propre identité et de son unicité.
On perçoit alors comment cette éducation bienveillante, invite à une perception de l’enfant comme un être de potentialités, que l’éducation et la relation vont lui permettre de développer. Il y est également question pour nous les adultes, de renoncer à agir dans l’intention d’éduquer à partir d’un projet pour l’enfant, mais de lui offrir des opportunités de découvertes de lui-même. Car, n’en doutons pas, une pleine connaissance et conscience de nous-mêmes, de nos limites, besoins et valeurs, favorisent la rencontre avec l’autre, la responsabilité et la pleine humanité.
Article rédigé par : Marjorie Nibbio, formatrice petite enfance

mercredi 26 avril 2017

Les soins aux jeunes enfants

Comment pallier les micro-séparations dans les soins aux jeunes enfants




Lors des journées en crèche ou chez l'assistante maternelle, on observe que certains jeunes enfants à la fin d'un soin (repas, change, lever de sieste) pleurent dès que les professionnels les remettent au sol. On constate ce comportement chez les bébés de moins de an mais, également, chez les enfants d'âge de la marche. Voici quelques propositions pour tenter d’aider ces bébés à surmonter ces petites séparations. Par Frédéric Groux, ancien EJE, aujourd’hui psychologue en crèche.
Soins donnés à un bébé
Dans sa première année, le jeune enfant utilise son corps pour communiquer mais cette communication est bilatérale, c'est-à-dire, qu'il interprète nos gestes comme un langage. Lors d'un soin, vous indiquez à ce chérubin que vous êtes avec lui psychiquement et physiquement. C'est un moment de plaisirs. Vous lui parlez, vous jouez avec lui en plus du soin. Pour tous les bébés, vous êtes ce qui le stimule le plus au niveau intellectuel, physique et émotionnel.

La continuité des soins

Les chercheurs en neurosciences [1] ont bien décrit depuis longtemps cette recherche de la nouveauté chez le jeune enfant dans l'environnement physique et humain. Le donneur de soin est créatif, il ne refait pas les mêmes gestes et ne dit pas les mêmes paroles. Cette stimulation procure au bébé un sentiment de bien-être, Winnicott [2] parlerait de sentiment d’exister. C'est une des fonctions de la « continuité des soins » que Winnicott (1956) [2] décrira à l'aide de trois idées : Le « holding » qui signifie le maintien, la façon dont est porté l’enfant physiquement et psychiquement. Ce sont les soins maternels qui lui offre de façon satisfaisante et continue une sécurité affective et une chaleur protectrice tant physiologique que psychique. Le holding met en place, chez l’enfant, le sentiment d’exister, de se sentir une unité différenciée. Le deuxième concept, le « handling », signifie le maniement. Il s’agit de la manière dont l’enfant est traité, soigné et manipulé par la personne qui lui donne les soins. Les conditions et effets du « handling » participent au développement du fonctionnement mental ainsi qu'à l'intégration du psyché-soma. Le dernier concept concerne la « représentation de l’objet ». C’est la façon dont est présentée la réalité à l’enfant via son environnement.

Le début et la fin d'une danse

Les professionnels ont connaissance de l'importance des soins pour le très jeune enfant mais ils minimisent l'importance de ce qui entoure l'entrée et la sortie dans le soin. Or, la « continuité de soin » demande un début et une fin pour la construction psychologique mais, également, corporelle des bébés. Parfois, ils minimisent la fin d'un soin par méconnaissance mais, aussi par manque de temps, car, à l'inverse des parents, ils ont plusieurs enfants du même âge à prendre en charge. Si vous prenez le temps de regarder certaines périodes de la journée d'une section de bébés ou d'enfants qui commencent à marcher, vous observerez un joli ballet entre un professionnel et les bébés à partir de dix heures du matin. Le départ de la danse est marqué par un accueillant qui lira le cahier de transmission, puis se dirigera vers un enfant pour lui parler, celui-ci sera pris dans les bras et, ensuite, il aura son soin : couche ou biberon. Pendant ce temps, l'adulte effectuera les trois fonctions que nous avons décrit plus haut bien évidement. Jusque là, vous me direz tout est normal et je vous répondrais : « oui ». Dans ce ballet, il y a plusieurs jeunes danseurs et un autre vient de se manifester par des pleurs car lui aussi à besoin de l'attention d'un adulte. Le rythme de la danse s’accélère progressivement pour répondre à tous les jeunes danseurs et c'est à partir de ce moment que le professionnel posera le bébé au sol. Dans l'esprit de l'enfant, il vient juste de rentrer en relation avec un adulte, il commençait juste à être éveillé à son maximum pour être en communication. C'est pile le moment où l'interaction avec l'adulte s’arrête. Pour manifester son mécontentent, ce jeune danseur pleurera et, parfois, il aura le droit à cette petite phrase : « tu sais, tu n'es pas tout seul, je peux pas te garder tout le temps dans les bras ». Nous venons d'apercevoir un des nœuds du problème, cette micro-séparation. Tout le monde connaît maintenant l'importance de l'accueil le matin et le soir dans les établissements petite enfance et l'impact de la séparation sur la suite de la journée. Les équipes les ritualisent, les préparent avec soin pour éviter les pleurs lors de la séparation pour la journée. Il est rare d'avoir des parents qui oseraient laisser un bébé sans lui dire au revoir ou ne pas prendre le temps pour échanger avec les professionnels de la section afin que le nourrisson retrouve ses repères dans le lieu. Pourtant, au cours de la journée, l'enfant passera d'une pièce à l'autre, d’un professionnel à un autre, d'un temps privilégié à un vide, selon la méthode Loczy, et cela en un laps de temps court (moins de 5 minutes). Notre ballet passe de l'allegro à l'adagio mais où ce situe le bébé dans tout ça ? Avons-nous les moyens pour prévenir les micro-séparations ?

Un jouet « médiateur »

Nous l'avons vu le début de la danse se passe bien mais nous pouvons l'améliorer. Nous savons que l'enfant attendra plus de l'adulte qui lui donnera le soin. Nous pouvons donc prévoir notre pratique en pensée avant de la commencer et ainsi nous mettre déjà dans le fonctionnement de holding. Nous portons psychiquement et mentalement l'enfant dans notre pensée. Le premier geste pourra être bien évidement de penser à son doudou ou sa tétine. Parfois, cela ne suffit pas, il faut donc prévoir un médiateur que l'enfant gardera avec lui lors de cette micro-séparation. Selon son âge, il pourra s'agir d'un jouet, d'un livre ou autre. Pendant le soin, vous pourrez toujours échanger avec le bébé sur l'objet qu'il aura pris ou que vous aurez choisi avec lui. C'est lors de la fin du soin que ce médiateur prendra toute sa valeur. Vous l'emporterez avec lui dans la salle et quand vous le poserez sur le sol, si vous avez le temps, vous prendrez un moment pour le laisser retrouver son espace de jeu mais nous savons que parfois le temps est une denrée rare en crèche. Dans cette situation, vous utiliserez vos connaissances des neurosciences : celles qui vous disent que l'enfant s'habitue vite à un jouet et qu'il suffit juste d'assembler deux jouets ensemble pour en créer un nouveau et remettre sa quête d'apprentissage en fonctionnement. Le petit jouet de la salle de bain s'attachera avec un petit nounours, par exemple.

Un adulte relais

Dans beaucoup de lieux, les professionnels ont tendance à séparer ou écarter les bébés les uns des autres après le soin. Il suffit parfois de prévoir vers quel enfant l'accueillant se dirigera après pour l'installer à coté. Vous serez encore à coté de lui. Vous aurez un peu plus de temps pour le laisser retrouver ses repères et de parler avec l'enfant qui entrera dans la danse. Il n'aura pas l'impression d'être laissé et de voir l'adulte s'éloigner rapidement pour un autre compagnon.
Il arrive souvent que le professionnel sache que un tel ou une telle pleurera à la fin du soin. Dans ce cas précis, l’idéal est de confier à un adulte -relais pour lui laisser plus de temps pour retrouver ses repères. L’enfant passera de bras en bras puis il descendra progressivement au sol. Souvent, ces bébés pleurent et rendent anxieux les autres copains et copines mais aussi les professionnels qui pensent qu'ils n'ont pas d'autre solution que de le laisser pleurer. Le temps qu'on prend à ce moment pour lui et du temps qui le sécurisera dans l'avenir.

Se détendre et parler à l’enfant

Parfois, pris par les soins de tous les enfants, le professionnel pose trop rapidement le bébé ou s’angoisse avant de le poser au sol avec cette phrase : « je vais te poser mais tu ne vas pas pleurer ». Nous savons que le nourrisson communique avec son corps mais il décrypte aussi les messages de vos corps. L'adulte qui sera stressé aura un corps plus tendu, plus tonique et un rythme cardiaque plus rapide (nous portons souvent la tête des bébés près de notre cœur) et la voix sera moins paisible qu'à l'habitude. Tous ces signaux indiqueront au jeune enfant d'être vigilant car il y a quelque chose qui ne va pas. Si vous êtes dans le métro et qu'une personne s'agite, devient rouge et crie, vous aurez tendance à vous méfier. L'enfant fera de même sauf que pour lui, vous faites partie de sa sécurité de base donc ses peurs lui diront de demander de l'aide à un adulte. Dans cette situation, pour apaiser l'enfant, il suffit de communiquer sur le même canal que lui : par le corps. Vous pouvez utiliser des techniques de relaxation qui apaisera votre corps, en pensant à des souvenir plaisant ou à des être que vous aimez. Vous pouvez également prendre conscience de votre respiration en essayant de la diminuer ou de vous caler sur celle de l'enfant que vous avez dans les bras. Prendre le temps de chanter une chanson aide certaines personnes, la musique adoucit les mœurs et les maux. Dolto [3] a souvent évoqué le parler « vrai », c'est-à-dire, elle explique qu'il vaut mieux dire à l'enfant ce que l'adulte ressent à l’intérieur de soi que de tenter de leurrer un bébé sur son état émotionnel. Le professionnel, avec des mots appropriés, verbalisera le moment difficile. Les jeunes enfants apprendront a géré leurs émotions si les adultes qui prennent soin d'eux les maitrisent également. Bien évidement, ce ne sont que des exemples et les professionnels laisseront leur imagination les aider dans ces situations.



[1] Lécuyer R. (1989) : « Bébés astronomes, bébés psychologues » Bruxelles, Mardaga.
[2] Winnicott, D.W. (1956) : « De la pédiatrie à la psychanalyse » Paris, Payot.
[3] Dolto F. (1999)
Article rédigé par : Frédéric Groux

MODES D'ACCUEIL ET HANDICAP

MODES D'ACCUEIL ET HANDICAP

Accueil des enfants en situation de handicap : où en est-on aujourd’hui ?

La loi du 11 février 2005 – bien qu’imparfaite -  a permis des avancées pour les personnes en situation en handicap et notamment pour les enfants et leur accès à un mode d’accueil. Où en est-on 12 ans après ? Comment sur le terrain les PMI et les structures d’accueil collectif ou individuel prennent le relais ? Le point sur ce qui peut être fait pour améliorer encore la prise en charge de ces jeunes enfants par des professionnels de mieux en mieux formés à cet accueil spécifique .

 
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La loi du 11 février 2005 est le principal texte écrit depuis 1975 sur les personnes en situation de handicap. C’est d’ailleurs la première fois que le mot « handicap » est réellement défini.  Cette loi a permis de grandes avancées sociales pour les personnes concernées et a notamment rappelé le droit des enfants en situation de handicap à être accueillis en structures et à l’école. Elle a ainsi ouvert la voie à de formidables initiatives.

Pas d’obligation légale
La loi de 2005 affirme : « Les établissements et les services d’accueil non permanent d’enfants veillent à la santé, à la sécurité, au bien-être et au développement des enfants qui leur sont confiés. Dans le respect de l’autorité parentale, ils contribuent à leur éducation. Ils concourent à l’intégration des enfants présentant un handicap ou atteints d’une maladie chronique qu’ils accueillent. Ils apportent leur aide aux parents pour favoriser la conciliation de leur vie professionnelle et de leur vie familiale ». Même si la loi de 2005 a été très bénéfique pour l’accueil des enfants en situation de handicap, elle laisse encore planer quelques zones de flou. Notez en effet que rien n’oblige une structure à accueillir un enfant en situation de handicap, mais qu’elle « concoure » simplement à son intégration. Notez aussi qu’aucune priorité n’est accordée dans l’attribution des places (cela se fait soit au bon vouloir des structures elles-mêmes, soit selon une politique locale mise en place) et qu’elle ne prévoit pas non plus légalement de professionnels supplémentaires pour accompagner au mieux ces enfants ni de sessions de formations particulières relatives aux handicaps. Néanmoins le décret n° 2010-613 du 7 juin 2010 (voir encadré) précise un certain de nombre de points, et fait  notamment référence au PAI ( projet d’accueil individualisé) que d’ailleurs beaucoup d’associations dénoncent comme étant plus adapté aux cas de maladies chroniques qu’aux situations de handicaps.

Le rôle essentiel des PMI
Evidemment sur le terrain les choses ont aussi bougé. De plus en plus de structures accueillent des enfants  porteurs de handicaps, certaines en ont même fait un projet d’établissement. (voir nos articles sur les Marmousets  et Rigolo Comme la Vie Noémi. Mais pour réussir ces intégrations d’enfants différents, les structures comme les assistants maternels ont besoin d’être accompagnés et encadrés. Etre entourés par des équipes de pros’, se soutenir, avoir des réponses aux questions que l’on se pose sont des éléments essentiels pour ces professionnels de la petite enfance. La Seine Saint-Denis l’a compris, elle qui,  il y a bien longtemps ( plus de 30 ans ), a monté l’Instance de Médiation et de Recours. La métropole de Lyon aussi, elle dont la PMI a mis en place  à cet effet un groupe petite enfance et handicap. Le Bas-Rhin aussi avec son Centre de Ressources Petite Enfance et Handicap. Peu importe le nom, ces organismes ont en commun : la prise en compte de la spécificité de l’accueil d’enfants en situation de handicap, la reconnaissance  du travail  et des ressources supplémentaires que nécessite un tel accueil  (en personnel, matériel, temps) et la volonté de former à cet accueil les professionnels. Avec en plus pour objectif de créer des ponts entre les parents, les soignants et les professionnels de l’accueil. De nombreux départements aussi tentent d’aider les structures les plus accueillantes en leur permettant, via des subventions ou des rallonges budgétaires, la création de postes supplémentaires. Un élément très important pour le quotidien des structures. Enfin, et c’est aussi à souligner, les actions pour sensibiliser et mieux accompagner les assistants maternels se multiplient aussi.

Les propositions du rapport Giampino
Le rapport de Sylvaine Giampino remet l’accent sur l’évidence des professionnels de la petite enfance d’accueillir des enfants en situation de handicap. Ils sont motivés et reconnaissent que « les enfants porteurs de handicaps à la crèche, c'est une formidable fenêtre pour éclairer la complexité et les particularités de tous les autres enfants ».  Cependant, dans la réalité, il n’est pas si aisé de les accueillir. Toutes les structures ne sont pas forcement  adaptées à l’accueil de ces enfants. Cela demande plus du temps, pour se former, pour réfléchir entre équipes à ce qu’il y a de mieux pour l’enfant, à la façon d’en parler avec les parents,… Le rapport Giampino propose alors, d’accélérer l’inclusion des enfants en situation de handicap, d’ajuster le rythme d’accueil, d’expertiser les conditions d’admission de ces enfants et de :
• « prévoir  des aménagements d'organisation, d'horaires et d'effectifs dans les EAJE si l'ajustement des pratiques est rendu nécessaire par les besoins des enfants porteurs de handicap. » -
• « Proposer aux équipes d'EAJE et aux assistants maternels qui accueillent un enfant avec un handicap ou une pathologie spécifique, un interlocuteur de dialogue et d'accompagnement : psychologue, médecin, éducateur... et organiser pour les professionnel-le-s accueillant l'enfant des temps de réflexion, formations, rencontres avec d'autres professionnel-le-s confronté-e-s à cette expérience. -
• « Compléter la formation initiale et continue des professionnels en intégrant des enseignements sur leur rôle et leurs positions subjectives dans l'accueil des enfants porteurs de handicap ou de pathologies spécifiques somatiques ou mentales. »

Des mesures qui  si elles devenaient effectives ne pourraient qu’être bénéfiques aux professionnels de la petite enfance et aux enfants en situation de handicap.





 

Le décret n° 2010-613 du 7 juin 2010

Article 2324-39 Le médecin de l’établissement ou du service s’assure que les conditions d’accueil permettent le bon développement et l’adaptation des enfants dans l’établissement ou le service. En particulier, il veille à l’intégration des enfants présentant un handicap, d’une affection chronique, ou de tout problème de santé nécessitant un traitement ou une attention particulière, et, le cas échéant, met en place un projet d’accueil individualisé ou y participe.
Article R 2324-40-1 La puéricultrice, l’infirmière ou l’infirmier de l’établissement ou du service apporte, chacun dans l’exercice de ses compétences, son concours au directeur de l’établissement pour la mise en œuvre des mesures nécessaires au bien-être et au développement des enfants. Il veille notamment en concertation avec le médecin de l’établissement ou du service et de sa famille : à l’intégration des enfants présentant un handicap ou atteints d’une affection nécessitant des soins ou une attention particulière. Le cas échéant, aux modalités de la délivrance des soins dont les enfants ont besoin et à la mise en œuvre des prescriptions médicales.
 
 
Article rédigé par : Laure Marchal

mercredi 1 juin 2016