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mercredi 26 avril 2017

La phase d'opposition

Il est en perpétuelle opposition

Il n’est pas rare que l’enfant traverse une phase dite « d’opposition » au cours de son développement. En réalité, sa volonté n’est pas de s’opposer à proprement parler, mais de se différencier de l’adulte. Ses attitudes, maladroites, sont souvent mal interprétées. Comment détourner le rapport de force et soutenir l’enfant dans sa nouvelle autonomie ?
Pourquoi un enfant s’oppose-t-il à l’adulte ?
Il grandit. 
Aux alentours de ses deux ans, l’enfant jouit d’une nouvelle autonomie grâce à son accès inédit au langage et au boom de ses capacités psychologiques et motrices. Il s’affirme : Il est un petit garçon ou une petite fille à part entière qui a ses propres envies. Il a besoin de choisir et de faire « tout  seul ». Une phase d’affirmation de soi qui peut durer de quelques jours à quelques mois, selon l’attitude des adultes. Nous pourrions d’ailleurs l’assimiler à une forme de mini-adolescence. Cette nouvelle autonomie tend à surprendre les adultes, parents comme professionnels, voire à les contrarier, les vexer, les offenser. Cet enfant qui, jusqu’à aujourd’hui, les écoutait et respectait (plus ou moins) leurs consignes à la lettre commence à leur dire non, à s’affirmer et à profiter de son nouveau libre-arbitre. Un comportement qui en déconcerte plus d’un : « Ce n’est quand même pas un enfant de 2 ans qui va faire la loi et tenir tête à un adulte de 40 ans ! » marmonnent moult professionnels. Dès lors s’instaure un rapport de force dans lequel nombre d’entre vous tiennent, coûte que coûte, à avoir le dernier mot.
Il ne s’oppose pas, il se différencie. 
Naturellement, l’enfant à cet âge cherche à se différencier de l’adulte (et non pas à s’y opposer comme on pourrait le croire). Et contrairement aux apparences, ce n’est pas l’enfant qui impulse véritablement ce rapport de force mais plutôt l’adulte. Avant l’âge de 4 ans, rappelons que le tout-petit n’est pas encore décentré, c’est-à-dire qu’il n’est pas encore en mesure de comprendre que l’autre a un point de vue, des croyances, des besoins différents des siens. En un mot, il est encore littéralement égocentrique. Ainsi, ce que vous prenez à tort pour de la provocation, de la mauvaise volonté ou de l’insolence n’est autre que la manifestation d’un besoin non assouvi à un temps T. Notre adulto-morphisme, à savoir notre tendance à interpréter les comportements des jeunes enfants sur la base de nos propres comportements d’adultes, vous joue des tours et vous met une véritable pression sur les épaules. Trop souvent, nous oublions que le tout-petit a un cerveau tout à fait immature et que ses capacités intellectuelles ne sont pas comparables avec celles des adultes ! Rappelons que le rapport adulte-enfant n’est pas un rapport égal et horizontal, mais un rapport du plus fort au plus faible.
Rien à voir avec un caprice.
Il se peut que l’enfant se mette en colère, crie, pleure, se roule par terre, parce que vous lui refusez quelque chose. De votre point de vue d’adulte, cette réaction est excessive, exagérée. Pas de doute, pour vous c’est un caprice ! Le point de vue de l’enfant est tout à fait différent. Ce qui est, pour vous, anecdotique est, pour lui, un réel drame. A cet âge, un tout-petit n’est pas en capacité de relativiser. A ce moment précis, il traverse alors une véritable tempête émotionnelle. Quand l’un des besoins fondamentaux d’un enfant est non assouvi (besoin d’attention, de sécurité, de calme), son cerveau émotionnel et archaïque est suractivé, tandis que son cerveau frontal, celui qui lui permet de raisonner, de comprendre la situation, est sous-activé. De ce fait, il perd le contrôle de ses émotions et a besoin de l’adulte pour se rassurer, se sécuriser. Notons au passage que le cerveau émotionnel et archaïque de l’enfant domine jusqu’à l’âge de 3/4 ans.  
Plus il est fatigué, plus il s’oppose.
Il arrive que l’enfant « contredise » davantage l’adulte en fin d’après-midi lorsqu’il est stressé, épuisé par une journée de crèche longue et stimulante. Il a de plus en plus de difficulté à tolérer la frustration. Son stress s’accumule, ses ressources s’amenuisent. Si bien qu’à un moment, il explose : il se met en colère pour une raison qui va vous paraître insignifiante (vous lui rappelez par exemple qu’il n’a pas le droit de monter sur ce meuble), un peu comme si la goutte d’eau venait de faire déborder le vase. Ce comportement lui permet tout simplement de se décharger de toutes ses tensions accumulées tout au long de sa journée.
Il réagit à votre attitude autoritaire.
L'enfant arrive à un stade de développement où il a besoin d’avoir une certaine marge de manœuvre pour bien s’épanouir. Ainsi, lorsque l’adulte est trop dans le contrôle et émet à son égard des consignes toujours très autoritaires et verticales, l’enfant peut se sentir oppressé, tendu, ce qui va augmenter son niveau de stress et baisser son seuil de tolérance à la frustration. Dès lors, il risque de dérocher et d’entrer dans un phénomène d’opposition.  

Comment réagir ?
Restez calme et posé.
Rappelez-vous que le rapport de force est souvent institué par l’adulte qui perd patience face à la réaction déconcertante de l’enfant. Lorsque la moutarde vous monte au nez, tentez de respirer profondément pour retrouver votre calme et vous reconnecter à votre raisonnement. Rappelez-vous qu’il ne fait pas exprès ! Si cela ne fonctionne pas, passez le relais à votre collègue. Votre frustration tend à vous rendre agressif ce qui va, immanquablement cultiver la frustration de votre petit interlocuteur. Vous voilà alors tous deux plongés dans un cercle vicieux ! En maîtrisant vos propres émotions et en recevant avec bienveillance celles de l’enfant, vous lui apprenez, petit à petit, à mieux contrôler ses émotions. 
Gardez en tête que toute manifestation d’opposition de sa part, toute colère, exprime chez lui un besoin insatisfait. 
Peut-être l’enfant réagit-il à votre attitude, une peur, un manque d’attention, une fatigue croissante. Ainsi, cherchez à anticiper et à agir sur les causes de sa réaction plutôt que sur ses conséquences. En clair, tentez d’identifier lequel de ses besoins est ici insatisfait.
Proposez-lui régulièrement des câlins ou des temps de jeu individuel ! 
Le contact bienveillant avec l’adulte permet de libérer en lui de l’ocytocine, une hormone de l’attachement qui a le mérite de diminuer son état de stress et d’augmenter sa sensation de bien-être. Un enfant ressourcé sera plus enclin à vous écouter qu’un enfant tendu et stressé !
Laissez-lui une marge de manœuvre, aussi petite soit-elle, lorsque vous attendez quelque chose de lui. 
Votre objectif ? Eviter le rapport de force. Vous pouvez par exemple transformer votre consigne (« va te coucher ! ») sous forme de question : « nous venons de déjeuner. D’après toi, qu’est-ce qu’il se passe maintenant : c’est le moment d’aller jouer dans l’atrium ou d’aller faire la sieste ? ». Pourquoi ne pas également lui laisser une petite liberté de choix : « tu préfères aller te coucher avec ton doudou, avec la photo de tes parents ou les deux en même temps ? ». Il ne s’agit pas de « céder » (car coûte que coûte il ira se coucher), mais de parvenir à votre objectif de manière alternative.
Confiez-lui une mission. Si vous sentez que l’enfant est sur le point de ne pas vous écouter ou de faire l’inverse de ce que vous lui demandez, confiez-lui une mission à sa portée. Par exemple : « Est-ce que tu pourrais apporter à Nathan et Louise leurs doudous sur leur lit ? Ils les ont oubliés ! ». Celle-ci permettra d’occuper son cerveau et qui plus est, de le valoriser, de le responsabiliser. Pour que l’effet soir garanti, n’oubliez surtout pas de l’encourager et de le féliciter quand la mission aura été brillamment effectuée !
Héloïse Junier, psychologue en crèche
Par
Héloïse Junier, psychologue

Il ne respecte pas les limites, ni les interdits

Il ne respecte pas les limites, ni les interdits

Certains enfants cherchent à se différencier de l’adulte et ne souhaitent pas toujours respecter les limites fixées par les professionnels (voir notre fiche sur l’enfant qui s’oppose). Pour d’autres, plus jeunes, ce n’est pas qu’ils ne « veulent pas », c’est qu’ils ne « peuvent pas ». Leurs facultés de compréhension ne sont pas toujours aussi élevées qu’on pourrait le croire. Comment se faire comprendre des jeunes enfants ?
Pourquoi les jeunes enfants peuvent-ils avoir du mal à comprendre les consignes des adultes ?
Sa compréhension évolue. Entre 8 et 12 mois en moyenne, un enfant est en capacité de comprendre des ordres simples, comme « non » ou « ferme la porte », à condition que les mots prononcés soient connus et que l’expression du visage soit cohérente avec le contenu de la phrase. Plus tard, aux alentours des 27 mois, il devient capable de comprendre les ordres doubles, comme par exemple « va dans la salle de bain et apporte moi la couche ». Notons que la compréhension précède la production, c’est-à-dire que l’enfant va saisir le sens des mots avant de pouvoir lui-même les prononcer.
Il ressent vos émotions avant de comprendre vos mots. L’intelligence du jeune enfant est émotionnelle avant d’être verbale. Ainsi, tout ce qui relève du non verbal - tels que votre regard, le ton de votre voix, votre posture ou encore l’expression de votre visage - va primer sur le contenu de vos phrases. C’est sur ces signaux que l’enfant va spontanément se baser pour décrypter ce que vous attendez de lui. Or, il arrive que les professionnels qui n’apprécient guère de formuler des directives de manière ferme tendent à « déguiser » les interdits par des phrases trop sophistiquées, qui ambitionnent de surcroît de raisonner l’enfant : « Je ne suis pas d’accord avec le fait que tu mordes Mathéo, je te l’ai déjà dit », « Tu vois bien que tu empêches Chloé de passer ! Elle aussi aimerait profiter du toboggan » ou encore « Tu n’as pas le droit de monter sur cette étagère, je n’arrête pas de te le répéter, tu risques de te faire mal si tu tombes ». Bien souvent, le professionnel conserve une expression faciale neutre, compatissante voire, dans certains cas, souriante lorsqu’il adresse ce type de requêtes. Résultat : l’enfant, qui se base avant tout sur l’émotion de l’adulte, risque de ne pas du tout saisir le contenu du message qui lui a été adressé !
Il est dans le concret. Entre 12 et 24 mois en moyenne, lorsque l’adulte lui adresse une consigne, à savoir – de son point de vue – une suite de mots pas toujours intelligibles, l’enfant va avant tout comprendre les noms d’objets (ex : fauteuil, poupée, couche) ainsi que les verbes d’action (ex : monter, courir, crier). Bref, tout ce qui relève de son environnement concret, physique et connu. Le jeune enfant n’est pas en capacité de comprendre les termes abstraits ou conceptuels du style « tu vas réfléchir à ce que tu viens de faire », « je t’ai dit d’attendre ton tour » ou encore « écoute-moi quand je te parle ! » (distinguer ici le verbe « écouter » du verbe « obéir »).
Il vit dans l’agir et le moment présent. Par définition, une règle est un concept complexe, une généralisation. Par exemple « il est interdit de mordre les autres enfants ». Or, le jeune enfant n’est pas en mesure de généraliser une consigne à plusieurs contextes de vie, ni de saisir d’ailleurs la notion abstraite de bien et de mal. L’interdiction que vous lui avez formulée à 10h34 alors qu’il serrait les dents sur le bras de Nola n’est, à ses yeux, plus nécessairement d’actualité à 15h25. Rappelons au passage que le jeune enfant, même s’il est capable de vous répéter mot à mot une règle que vous avez l’habitude de lui adresser, n’est de toute manière pas en capacité d’inhiber ses impulsions. Il ne s’agit donc pas de mauvaise volonté !
Les interdictions varient selon le professionnel, l’enfant et le moment de la journée. Chaque professionnel a ses limites et son propre seuil de tolérance vis-à-vis de tel ou tel comportement. Par exemple : certains d’entre vous vont accepter que l’enfant remonte le toboggan à l’envers ou qu’il grimpe sur la structure motrice avec un jouet, d’autres non. Il arrive que des professionnels se révèlent malgré eux plus stricts avec les enfants stigmatisés « perturbateurs » ou « pas obéissants » qu’avec les autres. Enfin, un même professionnel est susceptible d’être plus ferme et moins tolérant le matin, quand il sera encore en pleine forme, et plus laxiste et permissif en fin de journée, quand il sera fatigué et épuisé d’avoir répété des dizaines de fois la même consigne ! Autant de variations qui brouillent la bonne compréhension des messages. 

Comment formuler les interdits pour mieux se faire comprendre ? 
Adressez-vous individuellement à l’enfant. Placez votre visage à la hauteur du sien, à une trentaine de centimètres lorsque vous souhaitez lui transmettre votre message. Evitez de lui « crier » une instruction à travers le lieu de vie, alors qu’il est en pleine action, « indisponible » psychiquement.
Soyez ferme mais non agressif. Veillez à adopter une expression du visage qui soit en harmonie avec le contenu de votre interdit, c’est-à-dire le visage fermé, les sourcils froncés, l’air insatisfait. Pour autant, ne tombez pas dans l’agressivité sans quoi vous induirez chez l’enfant une montée de stress qui s’avèrera contre-productive.
Adressez des instructions positives plutôt que négatives. Sur le plan linguistique, la négation est difficile à traiter car elle implique une gymnastique intellectuelle plus complexe qu’une affirmation. L’enfant doit se représenter mentalement le contenu de votre instruction (« morsure – bras – Nola ») puis « l’annuler ». Ce qui est d’autant plus complexe qu’il est dans l’agir et l’impulsivité ! Au lieu de lui dire « ne monte pas sur le fauteuil », dites-lui simplement « descends ». Privilégiez des consignes simples comme « Arrête », « Non », « Stop ».
Privilégiez le « Stop » plutôt que le « Non ». Tous deux n’induisent pas la même attitude chez l’adulte et chez l’enfant. Le « stop » vient stopper un comportement inadapté tandis que le « non » tend à cultiver une dynamique pus agressive et à instaurer un rapport de force.
Formulez une consigne à la fois. Le jeune enfant n’est pas en mesure de stocker dans sa tête plusieurs informations simultanément, de les prioriser et de planifier ses actions en conséquence. Prenez le temps de décomposer vos consignes, étape par étape.
Intervenez physiquement, mais avec douceur. Nous avons vu que l’enfant était davantage dans l’agir, le concret et le physique que dans le mental. Il peut être complexe, compte tenu de son développement, de faire le lien entre les mots et les gestes. Ainsi, s’il ne parvient pas à exécuter votre consigne, comme par exemple « descends du fauteuil », accompagnez-le physiquement jusqu’au sol. De même, si vous souhaitez qu’il caresse le bras de Nola au lieu d’y mettre ses dents, caressez vous-même son bras (avec son accord bien entendu !), sans doute vous imitera-t-il.
Limitez les tentations ! Ce n’est pas à l’enfant de s’adapter à l’environnement des adultes mais à l’adulte de proposer un environnement sécurisé et adapté aux besoins des enfants. D’autant plus que les jeunes enfants ont besoin d’expérimenter physiquement leur environnement pour bien se développer et qu’ils ne sont pas en mesure d’inhiber leurs impulsions. Dès lors, par exemple, pourquoi laisser à leur portée des étagères sur lesquelles ils peuvent grimper alors qu’ils ne sont pas en droit de le faire ? Réadapter leur environnement de vie permettra de limiter les tentations et les frustrations inutiles, de leur côté comme du vôtre.
Fixez les limites et les interdits en équipe. Une stabilité minimum des interdits, tant sur le fond que sur la manière de les formuler, est nécessaire pour que l’enfant puisse, au fur et à mesure de son développement, les intégrer. Régulièrement, réinterrogez l’intérêt de chacune des règles que vous avez fixées en équipe : ces interdits répondent-ils au besoin fondamental de sécurité des enfants ? Ou au besoin de confort ou de sérénité des adultes ? L’ensemble des professionnels formulent-ils cette consigne de la même manière, sur le même ton ? La manière dont cette consigne est formulée par l’équipe est-elle réellement compréhensible pour l’enfant ? Le cas échéant, comment pourriez-vous la formuler autrement ?
Héloïse Junier, psychologue en crèche
Par
Héloïse Junier, psychologue

LA SOCIALISATION DES ENFANTS SELON LES ÉTAPES DU DÉVELOPPEMENT

LA SOCIALISATION DES ENFANTS SELON LES ÉTAPES DU DÉVELOPPEMENT

18-36 mois : comment améliorer les relations et les comportements des enfants

A partir de 18 mois, les enfants entrent de plus en plus en relation entre eux pour jouer ou faire des activités. Malheureusement cette tranche d'âge est aussi synonyme de conflits qui en arrivent aux morsures, griffures et coups. Comment aider les enfants à s'exprimer autrement que par le corps ? Zoom sur trois actes dits « agressifs » qui sont récurrents en établissement de la petite enfance : les morsures, les griffures et les enfants qui poussent. Et propositions de méthodes en lien avec le développement de l'enfant, pour diminuer ces comportements qui questionnent les équipes.
Istock
Socialisation-18mois-36mois
Des jeux pour gérer l'agressivité
Les actes violents interviennent tout au long de la petite enfance et dans toutes les sections. Ils ont des raisons différentes mais un résultat douloureux dans tous les cas pour celui qui la subit. Si vous avez déjà vu un jeune enfant se faire mordre, par exemple, vous avez constaté qu'il n'essaie pas de s'échapper de l'étreinte du « mordeur ». Nous retrouvons cette passivité dans d'autres situations où l'enfant n'a pas le réflexe de s'extirper de la menace. Lors d'une noyade, il ne se débat pas ou, quand il se brule, il ne retire pas sa main. Plusieurs auteurs émettent l'hypothèse que l'enfant attend que la douleur cesse d'elle-même. Si je ne bouge plus, elle s'arrêtera d'elle-même. Il est donc conseillé d'apprendre aux enfants des phrases pour empêcher de se faire mordre ou taper. On peut utiliser des figurines sous la forme d'animaux pour simuler les attaques ou les morsures. On explique aux enfants que les jeux avec les animaux en plastique sont un espace où ils sont libres de faire et d'exprimer cette agressivité mais, dans la section, nous réglons les problèmes avec l'aide des mots ou avec l'aide d'un adulte. Nous permettons alors aux enfants d'avoir un lieu pour sortir l'agressivité qui est normale et indispensable à cet âge. Un enfant agressif doit questionner une équipe autant qu'un enfant qui ne montre aucun signe d'agressivité.

Ateliers construction-démolition
Trop souvent, dans les établissements petite enfance, l'agressivité est bannie. Or, les enfants doivent apprendre à gérer cette émotion comme la tristesse ou la joie. L'agressivité est souvent mal perçue par les professionnelles. Pour que les jeunes enfants puissent expérimenter leur force, on peut mettre des ateliers de démolitions : de briques, anciennes boîtes de mouchoirs, bouteilles de lait vides. La première étape est de construire, puis, de détruire. Pour socialiser ce moment, il faut instaurer une petite règle : « on peut détruire que ce que l'on construit ». Cela induit que les enfants font ensemble ou seul pour avoir le privilège de casser. Le but est de laisser des espaces dans la journée pour libérer les tensions, les colères et l'agressivité. Si vous réprimez trop l'agressivité dans une section, vous aurez l'effet inverse. Les enfants auront des actes d'agressivité différés. Des enfants, sans raisons apparentes, taperont ou mordront. Nous expliquons ces actes par une action produite dans la journée qui a été empêchée mais ce chérubin a gardé toute la colère en lui. Lorsqu'il sera sans surveillance, il libérera cette tension en lui sur un camarade qui n'était pas responsable de son problème. Les adultes ont parfois le même fonctionnement. Lorsqu'une journée a été dure au travail, nous rentrons chez nous et, sans raison, nous déversons la tension sur notre famille.

Jeux calmes, jeux dynamiques
L'outil le plus efficace pour aider les enfants à gérer cette agressivité et de leur proposer autant de jeux calmes que de jeux dynamiques. Mais, nous devons prévoir des jeux pour apprendre à maîtriser leurs corps et leurs forces. Les enfants aiment pousser les chaises car il y a une résistance donc ils doivent pousser fort. Nous pouvons leur proposer des activités identiques où ils portent, jettent des choses lourdes. L'endroit sera sécurisé et tout le monde peut s’exercer. Quand il y a des griffures, il est souhaitable de favoriser les activités où les mains sont en action puisque la tension passe par les doigts pour sortir. Les jeux de sable, pâte à modeler ou eau sont de très bonnes indications pour résoudre ces problèmes. Pour les morsures, vous pouvez proposer un anneau de dentition mais les grands enfants n'en sont pas fans. Si vous avez une poupée ou un jouet à cet usage, cela sera parfait. Si quelqu'un a besoin de taper ou mordre, vous l'orienterez sur cet objet. Vous n'interdisez pas, vous canalisez. Or, vous savez  combien, à cet âge, ils aiment transgresser les règles alors évitez d'en ajouter une pour leur plaisir. Il est différent de dire : « ne fais pas ! » de « tu peux faire ça, là-bas ! ».          

Comprendre le contexte des actes agressifs
La difficulté quand un jeune enfant pose problème est de retracer ses actions. Nous sommes souvent pris par plusieurs tâches et nous ne voyons pas la situation dans sa globalité. La première action serait de mettre un petit journal de bord pour les bambins qui nous préoccupent. Le but est de retracer les moments et les heures où il y a eu des problèmes. Parfois, nous allons découvrir que c'est toujours à la même heure ou avec les mêmes professionnels. Dans ce cas, le problème consiste à réfléchir sur le point qui dérange : nombre d'enfants, rythme de la journée ou encadrement du groupe de la section. Dans d'autres cas, il n'y aura qu'une seule victime dans toutes les situations. Nous proposerons alors de travailler avec ces deux enfants. Les camarades qui passent beaucoup de temps ensemble finissent, parfois, par ne plus se supporter. Il faudra donc faire donc attention à proposer des activités où les deux protagonistes soient séparés pour mieux se retrouver. De temps en temps, il faut aussi que les accueillants fassent de la médiatisation entre deux copains de section. Un travail en petit groupe sera nécessaire afin d'aider à mettre en mot les difficultés dans la relation. On pourra alors proposer d'autres modes de communication.

Un garde du corps pour le « petit agresseur »
Il y a des circonstances où le jeune enfant qui posera des problèmes nécessiteront un garde du corps. J'entends par là, une personne qui le suit et remet les bases de la communication et de la socialisation avec lui. Vous me direz c'est difficile d'avoir un adulte pour un enfant. Mais, il vous sera encore plus difficile d'avoir un enfant qui pose problème toute la journée. Nous savons que très vite les parents de la section se plaindront et le phénomène d'imitation, propre à cette tranche d'âge, augmentera la complication. Quand un enfant mord, tape ou pousse, le premier acte est de le « sevrer », dans le sens de perdre cette sensation. Si par malheur, il arrive à ses fins, ne lui dits pas : « c'est pas possible de faire ça ! » car il vient de le faire donc votre phrase perd tout son sens. Il préférable de lui dire : « Ici, on ne fait pas comme cela quand on est en colère mais on le dit avec des mots ou avec l'aide d'un adulte ». Vous pouvez lui proposer des phrases ou des attitudes pour la situation.
Si l'enfant demande beaucoup d'attention par son comportement, vous ferez des tours de surveillance afin de ne lasser pas celui qui a le rôle de « surveillant ». Bien évidement, vous prendrez le temps d'expliquer à ce chérubin les raisons de la proximité avec un adulte. Puis, au fur et à mesure, vous prendrez de la distance quand le comportement s'améliorera.
Le journal de bord vous permettra de visualiser l'amélioration du comportement de façon objective car, parfois, la mémoire a des failles. Dans toutes les situations, vous devez savoir que le temps et la répétition seront vos meilleurs outils. La cohérence d'équipe dans le choix d'une méthode permet  aux enfants d'être contenus et soutenus par ce travail. Bien évidement, les propositions ne sont que des suggestions et, si votre équipe comporte un psychologue, vous mettrez en place un travail plus spécifique dans l'unité de vie.

 
Article rédigé par : Frédéric Groux, EJe, psychologue de crèche

mercredi 1 juin 2016

L'enfant agressif




Et pour compléter cette belle et très juste affiche.... la priorité est d'abord consoler ''l'agressé''' avant ''l'agresseur'' pour réconforter le premier et que le deuxième comprenne que toute l'attention n'est pas centrée sur lui ....