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lundi 8 mai 2017

Développement psychologique de l’enfant : les principales étapes

Développement psychologique de l’enfant : les principales étapes

Rappel avec le psychologue-psychanalyste Harry Ifergan*, des grandes étapes majeures du développement psychologique  de l’enfant. Des indications précieuses pour des pros parfois déroutés par le comportement des tout-petits qu’ils accueillent. Mais tout s’explique ou peut s’expliquer, ou en tout cas ces repères peuvent aider à mieux comprendre le phases que le jeune enfant traverse de sa naissance à 4 ans.
Developemment psychologique de l
À six semaines, le premier sourire intentionnel apparaît et prouve que l’enfant est en interaction avec l’autre.
À huit mois, il ressent qu’il existe individuellement et qu’il n’est plus en fusion avec sa mère.
À neuf mois, les premiers cauchemars peuvent survenir, signes de l’évidence que lui et sa mère sont deux êtres bien distincts.
Cette séparation symbolique lui indique qu’il est donc dépendant de ses parents. Et plus généralement des adultes. Ce manque d’autonomie et cette vulnérabilité l’atteignent au point de provoquer des cauchemars.

À partir de dix-huit mois : le début de la phase d'opposition
Jusqu’à trois ou quatre ans, l’enfant entre dans une phase dite d’opposition systématique à tout ce que ses parents ou « substituts de parents » c’est à dire vous les professionnels de la petite enfance, qui lui proposent ou lui imposent. Une bonne partie des « non » qu’il va énoncer constitue des tentatives de se démarquer des souhaits et des désirs de ses parents. Cela reviendrait pour lui à dire à l’adulte qui l’a en charge : « Toi, c’est toi et moi, c’est moi », une manière comme une autre d’affirmer qu’il existe à part entière et se distingue bien mentalement de ses parents.

Vers deux ans : toujours le "non" et les premières peurs
 Les premières difficultés d’endormissement apparaissent. L’enfant se met à avoir peur de s’endormir. Il a peur seul dans le noir, craint quelque chose mais sans même en avoir conscience, ne peut véritablement dire ce qu’il redoute car la raison de ses peurs est floue. Il refuse alors de se séparer de ses parents. Certains, à cet âge, connaissent des phases de cauchemars, ces troubles du sommeil correspondant précisément au fait que le caractère de l’enfant s’affirme de jour en jour. Il devient capricieux, exigeant et veut tout régenter. Or, autant il se prétend omnipotent dans la journée (et dit non à tout), autant, la nuit venue, il se ravise et se sent faible et fragile. Le souvenir des énervements et des crises qu’il a su générer auprès de ses parents l’envahit et inconsciemment, il se culpabilise et fait des cauchemars. Au matin, le cauchemar l’ayant « acquitté » de son fort caractère de la veille, il repart de plus belle et recommence à dire « non ! ».

Entre deux et quatre ans : l'individuation
L’enfant va réaliser un travail mental de tout premier ordre : l’individuation. C’est-à-dire la constitution de lui-même en tant qu’individu à part entière : un être indivisible, un et uni. Pour cela, il va appréhender tout l’univers qui le constitue : ses parents, sa maison, son doudou, ses frères et sœurs, son assistante maternelle, sa référente à la crèche, son institutrice de maternelle, ses copains, ses jouets, les joies et les peines qui l’animent, la jalousie les peurs etc., pour en faire quelque chose de cohérent, contenu en lui. L’image la plus réaliste pour représenter ce travail de constitution en un tout unifié est celle du puzzle. Rassembler les parties en un ensemble cohérent dans un cadre défini. Ce « travail » mental est essentiel pour la suite de l’organisation de la personnalité de cet enfant. En effet, c’est lorsque l’enfant ne parvient pas bien à réaliser ce « puzzle symbolique » qu’il y a un risque de morcellement de l’individu.
Trois exemples simples et caractéristiques de cet âge nous rappellent l’importance de cette superbe réalisation mentale.
• L’exemple du biscuit cassé : si, entre deux ans et quatre ans, on propose à un enfant un biscuit cassé en deux, il le refusera car il n’est pas entier ; cela lui rappelle la sensation de morcellement contre laquelle il lutte pour faire de sa personne un tout unifié.
• Beaucoup d’enfants, et principalement les filles, aiment faire des découpages et des collages de pièces de papier et carton de toutes formes. Ces patchworks sont la représentation du travail psychique interne qui les anime. « Couper/coller », n’est-ce pas justement, ce qui le caractérise ? C’est-à-dire rassembler des pièces éparses en un tout ?
• L’enfant n’est pas prêteur durant cette phase d’individuation. Prêter un de ses objets (doudou, jouet, etc.) reviendrait pour lui à s’amputer d’une partie de son capital. Or, ôter une pièce de son puzzle intérieur le fragiliserait, voire le détruirait. À cet âge, il est naturellement égocentrique, c’est-à-dire centré sur son ego.

À quatre ans : il devient un être social
D'autres difficultés d’endormissement apparaissent, plus élaborées que celles traversées à deux ans. En effet, son intelligence progresse et il parvient, cette fois, à mieux percevoir l’objet de ses peurs au moment de s’endormir. Il imagine des êtres humanoïdes ou des animaux venant lui rendre visite. Selon les enfants, ce peut être un fantôme, un monstre, un ogre, une sorcière ou plutôt le loup, un crocodile, etc. Là encore, les prétentions de toute-puissance auxquelles l’enfant aspire tant dans la journée, sont anéanties lorsque tombe la nuit et qu’il doit se séparer durant huit heures ou plus de ses parents protecteurs. Seul, dans le noir, allongé dans une position qui le fragilise et le rend vulnérable, il prend bien soin de revenir à la réalité : il n’est qu’un enfant, petit et sans force face à son assaillant (inventé de toutes pièces, par ses propres soins).
À cet âge-là, l’enfant apprend à dessiner. Il sait déjà tracer une boucle fermée sur laquelle il appose deux grosses taches pour les yeux et un trait maladroit pour la bouche. Ainsi, la première ébauche d’un visage humain apparaît sous ses doigts. Au fur et à mesure de son engouement pour le dessin, il va peu à peu représenter graphiquement des formes de plus en plus évoluées pour réaliser, en définitive, un bonhomme complet. L’enfant se représente le corps humain, son corps, celui de l’autre, et donc lui-même en société. C’est aussi par le dessin que cet enfant devient un être social.



*Spécialiste de l’enfance et de la parentalité, auteur de « Mieux comprendre votre enfant » de Harry Ifergan (Marabout Family)

 

C’est quoi un enfant qui va bien ?

Pour le psychologue Harry Ifergan, un enfant va bien psychologiquement est un enfant qui témoignera du « triptyque de bonne santé mentale » représenté par trois points essentiels : 1. Est-ce qu’il se nourrit bien ?
2. Est-ce qu’il dort bien et avec plaisir
3. Est-il de bonne humeur et se cela se voit- il ?
Article rédigé par : Harry Ifergan, psychologue, psychanalyste, auteur de "Mieux comprendre mon enfant".Marabout

mercredi 26 avril 2017

L’acquisition de la marche

PSYCHO-DÉVELOPPEMENT

Comment accompagner les tout-petits dans l’acquisition de la marche ?

Le mieux est l’ennemi du bien ! Côté acquisition de la marche, moins les  professionnels de la petite enfance en font, mieux c’est. Un enfant marchera quand il sera prêt. Entre 9 mois et 18 mois en général.  Inutile de lui mettre la pression. Tout juste peut-on lui concocter un environnement favorable.

 
Istock
Premiers pas
Premiers  pas : tout est affaire d’équilibre
« Dans la marche, le mouvement des jambes, c’est très simple. Les enfants savent le faire très tôt. La plus grande difficulté c’est l’équilibration et la coordination entre de nombreuses informations » explique Monique Busquet, psychomotricienne.  Et l’équilibre - indispensable - à l’acquisition de la marche, c’est à l’enfant de le trouver tout seul. Personne ne peut le faire à sa place et lui épargner de tomber. Ce qu’on peut faire pour lui faciliter la tache c’est le laisser nus pieds. Car l'enfant reçoit des informations sensorielles par la plante des pieds, ce qui l’aide dans sa recherche d’équilibre. Cela participe aussi à  a musculation de ses pieds. Les chaussures empêchant, elles,  les pieds de "travailler".
En fait, à la crèche, on va seulement mettre à disposition des apprentis-marcheurs, des points d’appui : de gros blocs de mousse, de petits meubles bas  pour les accompagner dans le passage du quatre pattes à la position verticale. Chez l’assistant maternel, il suffit d’une table basse, d’un fauteuil ou d’un pouf …
« La position debout dit Monique Busquet, c’est comme le quatre pattes …sauf que les points d’appui sont verticaux ! ». Quand un enfant commence à  y songer, ses mains montent progressivement en prenant appui sur les jambes d’un adulte, un petit copain, une petite table …
Tous les petits comprennent que l’équilibre est le nerf de la guerre ! Vous les voyez, ils lâchent une main, se balancent légèrement pour  retrouver une stabilité et se déplacent sur le côté en se tenant toujours d’une main. Ils testent, tâtonnent. Puis un jour, ils lâcheront les deux mains. Il y aura des ratés et des chutes, parce que l’acquisition de la marche est un long processus  qui a commencé au moment où le bébé s'est mis à ramper et qui se termine quand il marche bien assuré sur ses deux jambes.

L’art de tomber en douceur
«Pour qu’un enfant ose marcher rappelle la psychomotricienne, il  faut qu’il soit en confiance, et qu’il sache comment tomber. Il faut qu’il accepte de gérer un déséquilibre, qu’il n’ait pas peur de tomber». Certains se laisseront tomber en douceur, en anticipant. D’autres accompagneront leur mouvement avec élégance et méthode : « en chevalier servant comme on dit » un genou à terre  et un genou levé. Ceux qui ont été beaucoup assis tombent plutôt en arriére. Ceux qui ont fait beaucoup de quatre pattes plutôt en avant. « Quand un enfant a fait beaucoup de  quatre pattes avant de marcher précise Monique Busquet  il se servira des ses bras pour s’équilibrer dans sa (re) descente».
Conclusion : pas la peine de trop solliciter les tout-petits, de leur tendre les bras avec insistance et de leur dire «allez"  . En général ils y mettent spontanément toute leur énergie tant ils sont contents d’accéder à la marche  et à l’autonomie qu’ils vont ainsi acquérir !
Les seuls enfants qui doivent être encouragés  (plus par des paroles que par des gestes) sont ceux qui ont peur. Peur de se lancer, peur de tomber.

Les « aides à la marche » inutiles
Dans la plupart des crèches, adeptes de la motricité libre, on respecte le rythme des enfants et on ne fait pas de forcing pour les inciter à marcher. On les laisse évoluer au sol, puis se déplacer d’appui en appui et faire leurs expériences motrices tout seuls. Sous le regard bienveillant et soutenant des professionnels. Et dans un environnement sécurisé. Les assistantes maternelles aussi, sont nombreuses à avoir compris que c’est l’enfant qui décide du moment où il fera ses premiers pas ! Et  la plupart, désormais  adoptent les mêmes attitudes que les pros de l’accueil collectif.  
On peut mettre un chariot de marche ou un porteur à la disposition des petits.  Ce sont de bons jouets moteurs qui les amuseront bien sûr. « Mais précise Monique Busquet il ne faut pas croire que cela va les aider à marcher ». Les chariots de marche par exemple, ils s’en serviront mieux quand ils sauront déjà marcher, car l’équilibre est plus difficile à garder quand on pousse quelque chose.
 
Trotteur : attention, danger
Le  trotteur ( appelé aussi youpala)  est en revanche franchement inutile Avancer les jambes c’est facile ! Or le trotteur n’a d’autre intérêt que de permettre aux petits de faire ce mouvement, sans efforts, sans avoir a trouver leur équilibre. Ce n’est donc pas une aide à la marche. Au contraire !
Par ailleurs il est dangereux car il favorise la survenue d’accidents. Les tout-petits foncent à toute vitesse et  peuvent s’engager dans des escaliers par exemple  (8O% des accidents de youpala).  Avec à la clef de sérieux traumatismes crâniens. Le youpala est interdit au Canada et en Australie. Il pourrait l’être en Europe. De nombreuses PMI ont mis au point des campagnes pour sensibiliser les parents et les professionnels. Comme celle du Val de Marne, par exemple.
« Par ailleurs note Monique Busquet, les enfants  dans leur trotteur n’ont pas besoin de regarder où ils mettent les pieds ni où ils vont pour avancer. Or pour marcher, en plus de l’équilibre, il faut savoir coordonner le regard et le mouvement des jambes.» Moralité, une fois qu’ils marchent , ces enfants-là tombent plus souvent que d’autres et se cognent aussi plus que les autres, tant ils ont pris l’habitude de ne pas regarder.
Deux autres bonnes rasions selon la psychomotricienne, d’inciter les parents à renoncer au youpala : certaines recherches ont montré que les bébés-youpala, à 6 ou 7 ans ont de moins bons repères  dans l’espace. Et on a aussi  observé qu’ils marchaient souvent sur la pointe des pieds car ils avaient développé une hypotonie des muscles de l’arriéré du corps (mollets, dos, nuque)  

 

Ne pas lui tenir les mains !

Tenir un enfant par les deux mains, en se plaçant derrière lui pour l’aider à marcher est contre productif : en effet les bras ainsi levés, il lui sera plus difficile de trouver son équilibre. Tout comme quand il est plus assuré marcher à côté de lui en le tenant  d’ seule une main est plus source de déséquilibre qu’une réelle aide.

 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre

Jeux de transvasement

JOUER POUR GRANDIR

Jeux de transvasement : le grand plaisir des tout-petits

Verser, renverser, remplir, vider, recommencer, transvaser …Avec du sable, de l’eau, des billes, des cailloux, des bouchons, des lentilles… Mettre dans la boîte, dans le bac, dans le seau  puis les retirer … Les enfants adorent ces  jeux de transvasement qui  sont non seulement pour eux une  source de plaisir inépuisable, mais aussi une mine d’apprentissages 

 
Enfants qui font un jeu de transvasement
Il faut les voir, appliqués, concentrés en train de mettre du sable dans un seau puis de le remettre dans le bac, puis recommencer et en perdre la moitié à chaque fois ! Il suffit de les regarder tamiser, filtrer, transvaser encore et encore  pour comprendre quels efforts ils déploient, quel plaisir ils prennent et tout ce que, sans en avoir à l’air, ils sont en train d’acquérir. D’ailleurs, les jeux de transvasement sont parmi les piliers de la pédagogie Montessori qui a développé toute une théorie sur leur utilisation et leur rôle.

Un jeu évolutif et diversifié
Dés la fin de leur première année,  le jeu de transvasement  intéresse les petits et  va les accompagner pendant plusieurs années encore. Normal puisqu’en fonction de l'âge, il permet à l'enfant d’expérimenter et de développer toutes sortes de sensations  ou apprentissages. C’est un jeu évolue au fur et à mesure que se développent els capacités et compétences du tout-petit. Lui offrant ainsi la possibilité de faire de nouveaux apprentissages. Au départ, il y a la sensorialité et le plaisir de toucher et découvrir des textures différentes aux propriétés physiques différents (balles, eau, sable , haricots secs etc.). Puis rentrent en jeu la motricité fine (coordination, précision, utilisation d’un outil), mais aussi l’autonomie (on fait soi-même, on apprend à se servir et  la concentration comme tout ce qui demande effort et habileté. Ces jeux permettent aussi le développement de pensée logique (résolution d’un problème, relation de cause à effet, découverte des dimensions). C’est même un jeu qui  aide à renforcer l'estime de soi. "Effectivement à tous les âges, ce jeu favorise l'ensemble de ces développements, mais de manière plus fine, plus évoluée ou plus intense plus l'enfant grandit, explique Anne-Sophie Casal, psychologue, spécialiste du jeu et l’enfant. *. Par exemple, l'enfant a besoin de se concentrer dans la plupart de ses actions, pour saisir un objet pour le plus jeune, ou pour assurer un geste précis combiné à l'utilisation d'un outil pour le plus âgé. Je rajouterais la découverte et l’expérimentation des notions de dedans/dehors, petits et grands, contenant et contenu".

L'importance des éléments à transvaser
Au fur et à mesure que l'enfant grandit donc, le jeu de transvasement évolue demandant un choix assez vaste d'ustensiles pour transvaser, de contenants et d'éléments à transvaser.
Les objets à transvaser deviennent de plus en plus fins : on commence avec des bouchons de bouteilles de lait, on finit avec des petites perles par exemple. En variant les éléments à transvaser l'enfant va découvrir des matières et des textures différentes. Pour la sécurité des jeunes enfants, il est indispensable de commencer par transvaser de gros éléments "qui ne pourront pas être mis en bouche totalement, mais mordiller ou suçoter sans danger, la découverte passant toujours par la mise en bouche", souligne Anne-Sophie Casal. Dans le cadre professionnel, il faut aussi veiller à ne pas être "maladroit" dans le choix des éléments à transvaser. "En effet, pour certaines personnes, transvaser des lentilles ou des coquillettes peut être mal perçu (on ne joue pas avec la nourriture, il est difficile de manger à sa faim...), poursuit- elle

Une grande variété de contenants et d’ustensiles
L'enfant utilise d'abord sa main, puis des contenants et enfin des outils nécessitant de plus en plus de précision : louche, cuillère à soupe, petite cuillère…). Les contenants peuvent également devenir de plus en plus étroits ou fragiles "utiliser des contenants fragiles, c'est une manière de dire à l'enfant qu'on lui fait confiance, et donc de le valoriser : il utilise les objets des grands", précise Anne-Sophie Casal. Pour les plus jeunes mieux vaut privilégier des contenants en plastique, en métal, en carton. Et ne pas oublier de  varier les formes (bassines, petits bols, seau de plage, verres à mesurer, bouteilles en plastique ). Ou les styles : récipients à trous qui, selon leur taille, laisseront ou non passer les éléments à transvaser (passoire, entonnoir). Les jeux de transvasement utilisent beaucoup à la batterie de cuisine ! Enfin des couleurs, des textures, des formes et des tailles différentes permettent d'offrir d'autres vecteurs d'explorations sensorielle . « L'enfant peut regarder par transparence, déformer un contenant, observer les différentes textures avec ses doigts, mais aussi avec sa bouche", rappelle Anne-Sophie  Casal

Côté sécurité, la vigilance s'impose
Que le jeu soit libre ou proposé dans le cadre d’un atelier , l'enfant doit rester sous le regard bienveillant d'un professionnel, tant pour assurer sa sécurité physique, que pour sa sécurité affective (confiance, valorisation de soi…). "On peut toutefois proposer des supports de jeu plus 'risqués', précise Anne-Sophie Casal. Cela fait également partie du rôle éducatif des professionnels de la petite enfance : accompagner les enfants dans leur rapport aux objets de leur environnement. Si un enfant peut manipuler des billes sous le regard d'un adulte, il apprendra (à force de lui répéter) qu'il ne faut pas les mettre à la bouche, ni dans le nez, ni dans les oreilles, mais il sera quand même autorisé à les manipuler ce qui favorise la compréhension de l'environnement matériel et l'estime de soi, mais aussi l'autonomie et la sécurité".


 
*Spécialisée dans le développement du jeune enfant et de ses lieux d'accueil, Anne-Sophie Casal est psychologue et responsable du secteur petite-enfance du Centre national de Formation aux Métiers du Jeu et du Jouet (FM2J). Elle est également Co-auteur du livre "le jeu de l'enfant" publié aux Editions Vuibert.




 

A la crèche, prévoir un lieu spécifique pour ce jeu

Dans un souci de sécurité, surtout si on utilise de petits éléments, il convient de délimiter une zone et un temps de jeu de transvasement. Les tout petits ne doivent pas y avoir accès et on veille à bien à "nettoyer" la zone quand le jeu est terminé. Pour les plus jeunes, quelques gros bouchons (4 ou 5) et deux bassines suffisent, des éléments pouvant rester à disposition en jeu libre. "Les plus grands investiront également cet espace pour se l'approprier ce qui leur permet de développement la motricité fine et globale, la coordination des gestes et le rapport du corps à l'espace".précise Anne-Sophie Casal.
 
Article rédigé par : Catherine Amexandre

ACQUISITION DU LANGAGE

ACQUISITION DU LANGAGE

Babillage : une étape primordiale dans le développement du langage

« Bababa », « tatatata », les enfants babillent à l’unisson dans la crèche ou chez l’assistante maternelle et s’entrainent à produire différents phonèmes. Cette étape est très importante dans le développement du langage puisqu’elle est la phase d’appropriation de la langue maternelle. Zoom sur le babillage. 
le babillage trés important dans le developpement du langage
Du premier cri au babillage
Au départ, dans le développement du langage, il y a le cri. Puis, le bébé fait des petits bruits, quand il bouge, qui sont des vagissements. Il va ensuite produire des sons qui sont plutôt des voyelles comme « aaeeeuuu ». Cette phase s’appelle le jasis. Pendant cette période, l’enfant s’amuse à répéter ces sons dans son lit et joue aussi avec les aïgus et les graves.
Puis le jasis se modifie peu à peu pour devenir des « awaaa », « aye aye aye ». C’est l’ébauche du babillage puisqu’il y a une distinction d’un son à l’autre et que des consonnes apparaissent.
Vers 3-4 mois, quand le bébé commence à mieux maitriser sa tête, qu’il tient assis calé avec des coussins, qu’il commence à attraper des objets, il y a une modification physique qui s’opère. Son larynx, qui était jusqu’alors très haut, va descendre. L’espace laissé par cette nouvelle position va permettre à la langue d’être plus mobile. Naissent alors les « r » (on dit que l’enfant roucoule), « qu », « gu » et le « é ». Puis, vers 6 mois, les « bababa », « tatatatata », apparaissent. C’est le fameux stade du babillage canonique. Cette étape marque l’apparition de syllabes constituées de consonnes et de voyelles dans le langage du bébé (auparavant, c’était soit l’un soit l’autre).

L’apparition progressive de nouveaux phonèmes
Les consonnes n’apparaissent pas dans n’importe quel ordre. Elles suivent le développement moteur de l’enfant et sa maturation. Ainsi, les premières consonnes du babillage qui se manifestent vers 4/6 mois sont les « p » et les « b » pour former les fameux « papappapapa », « babababa ».
Viennent dans le même temps, d’autres phonèmes dits explosifs, (quand la langue tape contre le palais) : le « tttt » et le « ddd ». Cela explique pourquoi l’enfant prononce souvent « Papa » en premier lieu, que ce soit en Français, « Baba », en Russe, ou « Daddy » en Anglais. 
Petit à petit, le babillage évolue avec les nasales « m » « n » « an » « on » et les « qu », « gu ». Puis ça se complique pour les bébés ! Apparaissent en effet les « r » et les « l ». Certains parviennent rapidement à les produire, d’autres à l’inverse, ne trouvent pas comment mobiliser leur langue pour réaliser ces sons.
En dernier, arrivent les « s », « z », « v », « f », « ch », « j ». Cet apprentissage prend énormément de temps puisque certains petits de 4 ans n’ont pas encore le « ch » ou le « j » et vont par exemple dire « z’ai une zolie jupe ». Mais en général, à 4,5 ans, 90% des enfants ont acquis tous les sons. « Un enfant met 12 mois à marcher mais 6 ans à parler, » s’amuse Magali Dussourd-Deparis, orthophoniste.

Le babillage, une étape obligatoire dans le développement du langage
Le babillage est une étape cruciale dans le développement du langage car l’enfant s’entraine à produire ces phonèmes, à positionner sa langue pour finalement construire des mots. « Un enfant qui a la sucette dans la bouche 24h/24h ne découvre pas certains mouvements de la langue. Il arrive en cabinet d’orthophonie et ne sait pas dire le « l », « p » ou « b » car ses lèvres étaient toujours en train de téter au lieu d’explorer », explique l’orthophoniste. 
Pendant cette période, l’enfant apprend aussi les « signes supra segmentaux de la parole », c’est à dire la longueur des voyelles, le rythme, les intonations, les accentuations… L’enfant va s’entrainer à réaliser ces signes et les adopter. Il n’est d’ailleurs pas rare d’entendre les bébés babiller en mettant une intonation, en montant leur voix dans les aigus pour formuler une interrogation, par exemple. On pense même parfois distinguer des mots, des courbes mélodiques plus marquées : c’est le protolangage. L’enfant va designer une corbeille de fruits, dire « ba » et l’adulte qui est en sa présence va lui dire : « tu veux une banane, c’est ça ? ». Petit à petit, le bébé va découvrir des phonèmes, s’entrainer, les répéter pour finalement produire des mots. Le babillage est donc une étape essentielle dans le développement du langage puisqu’il représente la phase d’appropriation de la langue maternelle.  Sans lui, l’apprentissage de la langue n’est pas possible. 

Pour plus d’informations sur le langage : http://www.info-langage.org/

Le mamané doit-il être employé par les professionnels de la petite enfance ?

Le mamané c’est la manière que tout le monde adopte pour s’adresser à un enfant. D’instinct, la façon de parler à un bébé change : la voix est douce, le débit est plus lent, la parole s’étire et on adapte notre vocabulaire. « On crée grâce à une enveloppe sonore, une communication spécifique avec le bébé », explique Magali Dussourd-Deparis. Que les professionnels de la petite enfance l’emploient avec les petits, l’orthophoniste n’y voit pas d’inconvénient. Elle précise cependant que « ce qui est important, c’est qu’ils s’adressent à l’enfant au niveau auquel celui-ci se situe. » En d’autres termes, il est pertinent d’employer le mamané avec un bébé qui babille mais pas avec un petit de 18 mois, qui possède déjà du vocabulaire et qui produit des mots-phrases.
Article rédigé par : Laure Marchal avec Magali Dussourd-Deparis, orthophoniste.

dimanche 29 mai 2016

Le développement de l'enfant de 0 à 6 ans (5)

Entre 12 et 18 mois : En route vers la liberté. 





 Développement psychomoteur 


L’enfant commence à découvrir la marche. Si l’on souhaite l’aider à la marche, bien le tenir sous les aisselles. Il s’accroupit en jouant, pointe l’index vers les objets. Il commence à imiter l’adulte : « bravo », « au revoir », « marionnettes ». La préhension s’affine (pince pouce - index). Il peut manger et boire seul (14 – 15 mois). Il explore les trous (attention aux prises). Il découvre les crayons et la joie de leur utilisation. Il aime jeter, pousser, renvoyer, faire une tour de plusieurs cubes, taper dans un ballon sans tomber, jeter une balle à l’adulte. Il montre les parties de son visage et de son corps à la demande. 


  Développement affectif et social 


Il dit quelques mots à 12 mois. 

A 18 mois, il associe deux mots et peut nommer des images connues. L’enfant aime les jeux d’échanges avec l’adulte (mimiques, charme...). Il reconnaît les personnes de son entourage. Il est méfiant vis-à-vis des personnes inconnues. Il participe à son déshabillage. Il commence à s’intéresser aux autres enfants : ils jouent alors les uns à côté des autres (jeux parallèles) et peuvent convoiter le même jouet. Il entre dans l’opposition à l’adulte (colère, début de la période du « non »). Ce stade est nécessaire pour permettre à l’enfant d’affirmer sa personnalité et de grandir. Les jeux de séparation traversent le développement de l’enfant, bien au-delà de la première année. Une fois la motricité acquise, l’enfant exprime autrement ce jeu, il se sauve aussi vite qu’il peut à quatre pattes tout en s’assurant que l’adulte le regarde et repart quand on fait mine de l’attraper. Plus tard ce sera le jeu de se cacher et d’être trouvé. 


 Jeux & jouets : 


Quand un enfant joue, c’est toujours sérieux et fondamental. Les enfants jouent avec tout leur être et tout leur corps. Les jouets intéressants sont souvent les plus simples, sans attente de résultats déterminés. Le jeu est donc une nécessité vitale et participe à la construction de l’estime de soi et au développement moteur, psychologique et cognitif. Un enfant qui joue est un enfant en train d’appendre et de maîtriser la réalité et ses émotions. Un enfant qui ne joue pas est un enfant en difficulté, qui doit questionner l’adulte. 



Il apprécie de : 


- Renverser, transvaser, trier, qui lui permet de percevoir le dedans/dehors, 

- Jeter, lancer les jouets, qui lui font travailler les distances (le loin, le près) et permet de différencier les caractéristiques des objets (lourd, léger, rebond, ce qui roule…) et comment « ça » marche (comment ça tient en équilibre, comment ça tombe, comment ça fait du bruit…). L’enfant expérimente aussi sa force et ses effets. Il aime tout ce qui attrait aux jeux de ballons. 

- Manipuler les objets, « bricoler », ce qui développe sa motricité fine, l’enfant découvre l’objet dans sa forme et sa fonction. Tubes (essuies tout…), boîtes (mouchoirs…), cartons…. Jeux de sable et d’eau. Pâte à sel et à modeler. Il apprécie les jeux d’encastrements et d’assemblage (cubes, boites gigognes, encastrements et puzzles, boîte à formes). 

- Nommer les objets => L’enfant aime montrer les objets à l’adulte pour qu’il lui en dise le nom et la fonction, il assimile les mots et retrouve les images correspondantes dans un imagier. 

- Imiter => L’enfant refait ce qu’il voit, répète à l’identique avant de se construire son identité propre. Il imite l’adulte (les jeux de « faire semblant » apparaissant vers l’âge de 2 ans). 

- Sa motricité se développant et s’affinant, il aime faire du porteur, jouer avec des jeux à tirer, à pousser, basculer (balançoire, cheval)…. Petit toboggan, balançoire… 

- Il apprécie également tout ce qui est temps calme, comme les livres, les comptines. 


  Activités & rôle de l’adulte : 


Introduire les règles de politesse et de respect des autres. Les interdits et les dangers sont clairement posés et expliqués (accidents domestiques) ; une grande surveillance est nécessaire car l’enfant est un vrai petit explorateur. Le respect des jouets et des livres est encouragé. Favoriser son autonomie en l’accompagnant par la parole. L’écouter, lui parler, nommer les objets. Jouer avec lui sans faire à sa place. Faire confiance à ses compétences tout en l’encourageant et en le félicitant. Lui aménager un espace bien à lui. Proposer des jeux sans sur-stimuler. Proposer un espace à la fois sécurisant et individualisé 


A partir de 18 mois l’enfant va être intéressé par deux grandes questions : 


- la délimitation de son « moi » (ce qui est « lui » et « non-lui », schéma corporel avec un dedans et un dehors). Les jeux de transvasements, les jeux autour de l’avoir et du garder (paniers et valises que l’enfant remplit et transporte) vont être fortement appréciés. 

- la question de la transformation (l’enfant absorbe des aliments et des matières sortent de son corps). Il aime : transformer, construire, détruire, faire des jeux de construction, des puzzles…









http://www.magny-les-hameaux.fr/sites/magnyleshameaux/files/media/petite-enfance/documentations/dvpt_de_lenft_de_0_a_6_ans_irts.pdf