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samedi 6 mai 2017

Autisme : détecter les premiers signes chez le tout-petit

Autisme : détecter les premiers signes chez le tout-petit

Plus tôt les premiers signes d’autisme sont détectés chez un enfant, plus tôt une prise en charge peut lui être proposée et compenser ainsi une partie de son handicap. En tant que professionnel de la petite enfance, vous êtes l’une des personnes « ressources » les mieux placées pour dépister les signes d’autisme et alerter l’équipe pluridisciplinaire du lieu d’accueil.  

 
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depistage -autisme
Mathis est sur le point de fêter son deuxième anniversaire. Depuis son adaptation, il y a six mois, le comportement de ce petit garçon vous interpelle. Vous éprouvez des difficultés à capter son regard et à comprendre les sons qu’il émet. Lorsque vous l’appelez par son prénom, il ne réagit pas toujours. Il demeure souvent en marge de la dynamique du groupe d’enfants, se livrant à une seule et même activité solitaire : aligner ou empiler les jouets de la section, les voitures, les assiettes ou les animaux. Quand vous lui montrez du doigt la porte qui est derrière lui, il fixe du regard votre doigt et non la porte désignée. De quoi souffre Mathis ? Comment expliquer un tel décalage avec les autres enfants de sa tranche d’âge ? Et s’il s’agissait d’un Trouble du Spectre Autistique (TSA) ?

Plus tôt on dépiste, plus tôt on intervient
Compte tenu de l’augmentation constante du nombre d’enfants touchés par un Trouble du Spectre Autistique (voir encadré) l’autisme a été érigé au rang de Grande Cause nationale 2012 par le Premier ministre. De nombreux challenges unissent les associations de familles, les collectifs d’experts et les laboratoires de recherche : perfectionner la prise en charge de ces enfants, favoriser leur intégration dans notre société, identifier la cause de l’émergence de ce trouble et, enfin… permettre un dépistage précoce. Pour relever ce dernier défi, largement prôné par le 3ème Plan autisme (2013-2017), nous avons besoin de vous, les professionnels de la petite enfance.
Le cerveau des jeunes enfants est doté d’une précieuse fonctionnalité que l’on appelle la « plasticité cérébrale ». Cela signifie que leur petit cerveau est en capacité de se modifier, de se moduler, de se transformer en fonction de son environnement. Si une prise en charge survient tôt dans le développement d’un enfant présentant un TSA, de nombreuses stimulations positives lui seront apportées et viendront alors booster ses points faibles et améliorer ses capacités de communication et de socialisation. Si cette prise en charge ne permettra pas d’évincer tout symptôme autistique de la vie de l’enfant, elle augmentera significativement ses chances de développer des apprentissages et de peaufiner sa communication. L’enjeu est donc de taille.

Difficulté à capter son regard, dès les premiers mois
Les premiers symptômes peuvent apparaître très tôt dans le développement de l’enfant. Une équipe de chercheurs d’Atlanta, aux Etats-Unis, a souligné que le contact visuel de ces bébés tendait à s’altérer dès deux mois. Habituellement, les bébés viennent au monde avec différentes prédispositions à la communication, dont le contact visuel. Ceux-ci observent davantage les yeux de leur interlocuteur plutôt que le reste du visage, et davantage le visage plutôt que le reste du corps. Or, dans cette expérience, les chercheurs ont constaté que les bébés autistes regardaient de moins en moins les yeux de leur interlocuteur, mais aussi souriaient et vocalisaient moins que les enfants tout-venants. Ceci dit, à cet âge, les chercheurs recourent à des outils informatiques spécifiques pour identifier les premiers symptômes. Il est donc tout à fait logique que ces tout premiers signes d’alerte échappent à la vigilance des professionnels et des parents.

Un enfant moins tourné vers les autres, un jeu plus pauvre
A mesure que l’enfant se développe, l’écart entre son comportement et celui des autres enfants de son âge tend à se creuser. Les signes sont donc de plus en plus identifiables :
• Il recherche moins le regard et le contact des personnes,
• Il ne réagit pas toujours à l’appel de son prénom (d’où l’importance - capitale - de vérifier sa bonne audition au préalable)
• Il sollicite peu l’adulte pour partager son intérêt (pour un jouet, par exemple)
• Son jeu est souvent restreint et stéréotypé : l’enfant peut par exemple se focaliser sur une partie du jouet, les cheveux de la poupée, les roues du camion ou encore les dents du crocodile
• Son jeu est davantage sensori-moteur plutôt que fonctionnel : il va agiter les cheveux de la poupée devant la lumière plutôt que les coiffer ou encore lancer en l’air le camion et prendre plaisir à écouter le son de sa chute plutôt que le faire rouler au sol
• Son jeu peut consister à empiler ou à aligner des jouets

Dépistage ne veut pas dire diagnostic !
Tout au long de cette démarche, il est primordial de conserver une certaine prudence dans l’identification et le décryptage de ces signes.
• N’oublions pas que chaque enfant a une trajectoire de développement qui lui est propre. Certaines trajectoires sont linéaires et harmonieuses, d’autres non. Pour autant, une trajectoire de développement atypique n’est pas nécessairement pathologique.
•  Tous les enfants qui sont touchés par un réel Trouble du Spectre Autistique ne présentent pas l’ensemble de ces signes. Il s’agit donc d’appréhender chaque développement au cas par cas, ce qui est le rôle du psychologue et du médecin de la structure.
• Attention, dépister (= détecter, déceler, identifier les signes d’une éventuelle pathologie) ne signifie pas diagnostiquer (= démarche médicale qui consiste à poser un terme fixe sur un ensemble de symptômes). Si le dépistage peut survenir tôt dans la vie de l’enfant, le diagnostic sera posé plus tard, vers ses trois ans, à la suite de bilans effectués par une équipe pluridisciplinaire. Votre rôle consiste donc à poser la toute première pierre à l’édifice.  
• Il est fréquent que le médecin traitant de l’enfant se veuille rassurant quant au développement de son jeune patient et soutienne un point de vue tout à fait opposé à celui de l’équipe de la crèche (les raisons sont multiples, notamment le manque de formation de certains médecins au diagnostic de l’autisme et la courte durée des consultations qui ne leur permettent pas d’élaborer une observation fine et suffisante de l’enfant).
• Certains psychologues et autres professionnels de la petite enfance continuent à s’opposer à la perspective d’un dépistage précoce, soutenant l’idée qu’identifier une pathologie revient à étiqueter l’enfant.

A savoir : Pour favoriser le dépistage précoce du TSA, les associations « Autisme France » et « Autistes sans Frontières » ont créé une brochure accessible à l’attention des professionnels de la petite enfance. Nous vous invitons  la télécharger ci-dessous ou sur le site d’Autisme France  et à la faire découvrir à vos collègues, avec l’appui du psychologue, de l’infirmier ou du médecin de votre structure. A présent, c’est à vous de jouer.

 

Des chiffres préoccupants

La fréquence des diagnostics d’autisme s’est largement accrue en une vingtaine d’années. Selon les études statistiques, présenteraient des symptômes du spectre autistique :
• 60 à 70 enfants sur 10 000
• 1 enfant sur 150
• 0.6% de la population
• 650 000 personnes en France
• 5 millions de personnes dans les pays de l’Union Européenne
• 3 garçons pour 1 fille

 
Article rédigé par : Héloïse Junier, psychologue en crèche, formatrice

mercredi 26 avril 2017

MODES D'ACCUEIL ET HANDICAP

MODES D'ACCUEIL ET HANDICAP

Accueil des enfants en situation de handicap : où en est-on aujourd’hui ?

La loi du 11 février 2005 – bien qu’imparfaite -  a permis des avancées pour les personnes en situation en handicap et notamment pour les enfants et leur accès à un mode d’accueil. Où en est-on 12 ans après ? Comment sur le terrain les PMI et les structures d’accueil collectif ou individuel prennent le relais ? Le point sur ce qui peut être fait pour améliorer encore la prise en charge de ces jeunes enfants par des professionnels de mieux en mieux formés à cet accueil spécifique .

 
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La loi du 11 février 2005 est le principal texte écrit depuis 1975 sur les personnes en situation de handicap. C’est d’ailleurs la première fois que le mot « handicap » est réellement défini.  Cette loi a permis de grandes avancées sociales pour les personnes concernées et a notamment rappelé le droit des enfants en situation de handicap à être accueillis en structures et à l’école. Elle a ainsi ouvert la voie à de formidables initiatives.

Pas d’obligation légale
La loi de 2005 affirme : « Les établissements et les services d’accueil non permanent d’enfants veillent à la santé, à la sécurité, au bien-être et au développement des enfants qui leur sont confiés. Dans le respect de l’autorité parentale, ils contribuent à leur éducation. Ils concourent à l’intégration des enfants présentant un handicap ou atteints d’une maladie chronique qu’ils accueillent. Ils apportent leur aide aux parents pour favoriser la conciliation de leur vie professionnelle et de leur vie familiale ». Même si la loi de 2005 a été très bénéfique pour l’accueil des enfants en situation de handicap, elle laisse encore planer quelques zones de flou. Notez en effet que rien n’oblige une structure à accueillir un enfant en situation de handicap, mais qu’elle « concoure » simplement à son intégration. Notez aussi qu’aucune priorité n’est accordée dans l’attribution des places (cela se fait soit au bon vouloir des structures elles-mêmes, soit selon une politique locale mise en place) et qu’elle ne prévoit pas non plus légalement de professionnels supplémentaires pour accompagner au mieux ces enfants ni de sessions de formations particulières relatives aux handicaps. Néanmoins le décret n° 2010-613 du 7 juin 2010 (voir encadré) précise un certain de nombre de points, et fait  notamment référence au PAI ( projet d’accueil individualisé) que d’ailleurs beaucoup d’associations dénoncent comme étant plus adapté aux cas de maladies chroniques qu’aux situations de handicaps.

Le rôle essentiel des PMI
Evidemment sur le terrain les choses ont aussi bougé. De plus en plus de structures accueillent des enfants  porteurs de handicaps, certaines en ont même fait un projet d’établissement. (voir nos articles sur les Marmousets  et Rigolo Comme la Vie Noémi. Mais pour réussir ces intégrations d’enfants différents, les structures comme les assistants maternels ont besoin d’être accompagnés et encadrés. Etre entourés par des équipes de pros’, se soutenir, avoir des réponses aux questions que l’on se pose sont des éléments essentiels pour ces professionnels de la petite enfance. La Seine Saint-Denis l’a compris, elle qui,  il y a bien longtemps ( plus de 30 ans ), a monté l’Instance de Médiation et de Recours. La métropole de Lyon aussi, elle dont la PMI a mis en place  à cet effet un groupe petite enfance et handicap. Le Bas-Rhin aussi avec son Centre de Ressources Petite Enfance et Handicap. Peu importe le nom, ces organismes ont en commun : la prise en compte de la spécificité de l’accueil d’enfants en situation de handicap, la reconnaissance  du travail  et des ressources supplémentaires que nécessite un tel accueil  (en personnel, matériel, temps) et la volonté de former à cet accueil les professionnels. Avec en plus pour objectif de créer des ponts entre les parents, les soignants et les professionnels de l’accueil. De nombreux départements aussi tentent d’aider les structures les plus accueillantes en leur permettant, via des subventions ou des rallonges budgétaires, la création de postes supplémentaires. Un élément très important pour le quotidien des structures. Enfin, et c’est aussi à souligner, les actions pour sensibiliser et mieux accompagner les assistants maternels se multiplient aussi.

Les propositions du rapport Giampino
Le rapport de Sylvaine Giampino remet l’accent sur l’évidence des professionnels de la petite enfance d’accueillir des enfants en situation de handicap. Ils sont motivés et reconnaissent que « les enfants porteurs de handicaps à la crèche, c'est une formidable fenêtre pour éclairer la complexité et les particularités de tous les autres enfants ».  Cependant, dans la réalité, il n’est pas si aisé de les accueillir. Toutes les structures ne sont pas forcement  adaptées à l’accueil de ces enfants. Cela demande plus du temps, pour se former, pour réfléchir entre équipes à ce qu’il y a de mieux pour l’enfant, à la façon d’en parler avec les parents,… Le rapport Giampino propose alors, d’accélérer l’inclusion des enfants en situation de handicap, d’ajuster le rythme d’accueil, d’expertiser les conditions d’admission de ces enfants et de :
• « prévoir  des aménagements d'organisation, d'horaires et d'effectifs dans les EAJE si l'ajustement des pratiques est rendu nécessaire par les besoins des enfants porteurs de handicap. » -
• « Proposer aux équipes d'EAJE et aux assistants maternels qui accueillent un enfant avec un handicap ou une pathologie spécifique, un interlocuteur de dialogue et d'accompagnement : psychologue, médecin, éducateur... et organiser pour les professionnel-le-s accueillant l'enfant des temps de réflexion, formations, rencontres avec d'autres professionnel-le-s confronté-e-s à cette expérience. -
• « Compléter la formation initiale et continue des professionnels en intégrant des enseignements sur leur rôle et leurs positions subjectives dans l'accueil des enfants porteurs de handicap ou de pathologies spécifiques somatiques ou mentales. »

Des mesures qui  si elles devenaient effectives ne pourraient qu’être bénéfiques aux professionnels de la petite enfance et aux enfants en situation de handicap.





 

Le décret n° 2010-613 du 7 juin 2010

Article 2324-39 Le médecin de l’établissement ou du service s’assure que les conditions d’accueil permettent le bon développement et l’adaptation des enfants dans l’établissement ou le service. En particulier, il veille à l’intégration des enfants présentant un handicap, d’une affection chronique, ou de tout problème de santé nécessitant un traitement ou une attention particulière, et, le cas échéant, met en place un projet d’accueil individualisé ou y participe.
Article R 2324-40-1 La puéricultrice, l’infirmière ou l’infirmier de l’établissement ou du service apporte, chacun dans l’exercice de ses compétences, son concours au directeur de l’établissement pour la mise en œuvre des mesures nécessaires au bien-être et au développement des enfants. Il veille notamment en concertation avec le médecin de l’établissement ou du service et de sa famille : à l’intégration des enfants présentant un handicap ou atteints d’une affection nécessitant des soins ou une attention particulière. Le cas échéant, aux modalités de la délivrance des soins dont les enfants ont besoin et à la mise en œuvre des prescriptions médicales.
 
 
Article rédigé par : Laure Marchal