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lundi 8 mai 2017

Développement psychologique de l’enfant : les principales étapes

Développement psychologique de l’enfant : les principales étapes

Rappel avec le psychologue-psychanalyste Harry Ifergan*, des grandes étapes majeures du développement psychologique  de l’enfant. Des indications précieuses pour des pros parfois déroutés par le comportement des tout-petits qu’ils accueillent. Mais tout s’explique ou peut s’expliquer, ou en tout cas ces repères peuvent aider à mieux comprendre le phases que le jeune enfant traverse de sa naissance à 4 ans.
Developemment psychologique de l
À six semaines, le premier sourire intentionnel apparaît et prouve que l’enfant est en interaction avec l’autre.
À huit mois, il ressent qu’il existe individuellement et qu’il n’est plus en fusion avec sa mère.
À neuf mois, les premiers cauchemars peuvent survenir, signes de l’évidence que lui et sa mère sont deux êtres bien distincts.
Cette séparation symbolique lui indique qu’il est donc dépendant de ses parents. Et plus généralement des adultes. Ce manque d’autonomie et cette vulnérabilité l’atteignent au point de provoquer des cauchemars.

À partir de dix-huit mois : le début de la phase d'opposition
Jusqu’à trois ou quatre ans, l’enfant entre dans une phase dite d’opposition systématique à tout ce que ses parents ou « substituts de parents » c’est à dire vous les professionnels de la petite enfance, qui lui proposent ou lui imposent. Une bonne partie des « non » qu’il va énoncer constitue des tentatives de se démarquer des souhaits et des désirs de ses parents. Cela reviendrait pour lui à dire à l’adulte qui l’a en charge : « Toi, c’est toi et moi, c’est moi », une manière comme une autre d’affirmer qu’il existe à part entière et se distingue bien mentalement de ses parents.

Vers deux ans : toujours le "non" et les premières peurs
 Les premières difficultés d’endormissement apparaissent. L’enfant se met à avoir peur de s’endormir. Il a peur seul dans le noir, craint quelque chose mais sans même en avoir conscience, ne peut véritablement dire ce qu’il redoute car la raison de ses peurs est floue. Il refuse alors de se séparer de ses parents. Certains, à cet âge, connaissent des phases de cauchemars, ces troubles du sommeil correspondant précisément au fait que le caractère de l’enfant s’affirme de jour en jour. Il devient capricieux, exigeant et veut tout régenter. Or, autant il se prétend omnipotent dans la journée (et dit non à tout), autant, la nuit venue, il se ravise et se sent faible et fragile. Le souvenir des énervements et des crises qu’il a su générer auprès de ses parents l’envahit et inconsciemment, il se culpabilise et fait des cauchemars. Au matin, le cauchemar l’ayant « acquitté » de son fort caractère de la veille, il repart de plus belle et recommence à dire « non ! ».

Entre deux et quatre ans : l'individuation
L’enfant va réaliser un travail mental de tout premier ordre : l’individuation. C’est-à-dire la constitution de lui-même en tant qu’individu à part entière : un être indivisible, un et uni. Pour cela, il va appréhender tout l’univers qui le constitue : ses parents, sa maison, son doudou, ses frères et sœurs, son assistante maternelle, sa référente à la crèche, son institutrice de maternelle, ses copains, ses jouets, les joies et les peines qui l’animent, la jalousie les peurs etc., pour en faire quelque chose de cohérent, contenu en lui. L’image la plus réaliste pour représenter ce travail de constitution en un tout unifié est celle du puzzle. Rassembler les parties en un ensemble cohérent dans un cadre défini. Ce « travail » mental est essentiel pour la suite de l’organisation de la personnalité de cet enfant. En effet, c’est lorsque l’enfant ne parvient pas bien à réaliser ce « puzzle symbolique » qu’il y a un risque de morcellement de l’individu.
Trois exemples simples et caractéristiques de cet âge nous rappellent l’importance de cette superbe réalisation mentale.
• L’exemple du biscuit cassé : si, entre deux ans et quatre ans, on propose à un enfant un biscuit cassé en deux, il le refusera car il n’est pas entier ; cela lui rappelle la sensation de morcellement contre laquelle il lutte pour faire de sa personne un tout unifié.
• Beaucoup d’enfants, et principalement les filles, aiment faire des découpages et des collages de pièces de papier et carton de toutes formes. Ces patchworks sont la représentation du travail psychique interne qui les anime. « Couper/coller », n’est-ce pas justement, ce qui le caractérise ? C’est-à-dire rassembler des pièces éparses en un tout ?
• L’enfant n’est pas prêteur durant cette phase d’individuation. Prêter un de ses objets (doudou, jouet, etc.) reviendrait pour lui à s’amputer d’une partie de son capital. Or, ôter une pièce de son puzzle intérieur le fragiliserait, voire le détruirait. À cet âge, il est naturellement égocentrique, c’est-à-dire centré sur son ego.

À quatre ans : il devient un être social
D'autres difficultés d’endormissement apparaissent, plus élaborées que celles traversées à deux ans. En effet, son intelligence progresse et il parvient, cette fois, à mieux percevoir l’objet de ses peurs au moment de s’endormir. Il imagine des êtres humanoïdes ou des animaux venant lui rendre visite. Selon les enfants, ce peut être un fantôme, un monstre, un ogre, une sorcière ou plutôt le loup, un crocodile, etc. Là encore, les prétentions de toute-puissance auxquelles l’enfant aspire tant dans la journée, sont anéanties lorsque tombe la nuit et qu’il doit se séparer durant huit heures ou plus de ses parents protecteurs. Seul, dans le noir, allongé dans une position qui le fragilise et le rend vulnérable, il prend bien soin de revenir à la réalité : il n’est qu’un enfant, petit et sans force face à son assaillant (inventé de toutes pièces, par ses propres soins).
À cet âge-là, l’enfant apprend à dessiner. Il sait déjà tracer une boucle fermée sur laquelle il appose deux grosses taches pour les yeux et un trait maladroit pour la bouche. Ainsi, la première ébauche d’un visage humain apparaît sous ses doigts. Au fur et à mesure de son engouement pour le dessin, il va peu à peu représenter graphiquement des formes de plus en plus évoluées pour réaliser, en définitive, un bonhomme complet. L’enfant se représente le corps humain, son corps, celui de l’autre, et donc lui-même en société. C’est aussi par le dessin que cet enfant devient un être social.



*Spécialiste de l’enfance et de la parentalité, auteur de « Mieux comprendre votre enfant » de Harry Ifergan (Marabout Family)

 

C’est quoi un enfant qui va bien ?

Pour le psychologue Harry Ifergan, un enfant va bien psychologiquement est un enfant qui témoignera du « triptyque de bonne santé mentale » représenté par trois points essentiels : 1. Est-ce qu’il se nourrit bien ?
2. Est-ce qu’il dort bien et avec plaisir
3. Est-il de bonne humeur et se cela se voit- il ?
Article rédigé par : Harry Ifergan, psychologue, psychanalyste, auteur de "Mieux comprendre mon enfant".Marabout

mercredi 26 avril 2017

La phase d'opposition

Il est en perpétuelle opposition

Il n’est pas rare que l’enfant traverse une phase dite « d’opposition » au cours de son développement. En réalité, sa volonté n’est pas de s’opposer à proprement parler, mais de se différencier de l’adulte. Ses attitudes, maladroites, sont souvent mal interprétées. Comment détourner le rapport de force et soutenir l’enfant dans sa nouvelle autonomie ?
Pourquoi un enfant s’oppose-t-il à l’adulte ?
Il grandit. 
Aux alentours de ses deux ans, l’enfant jouit d’une nouvelle autonomie grâce à son accès inédit au langage et au boom de ses capacités psychologiques et motrices. Il s’affirme : Il est un petit garçon ou une petite fille à part entière qui a ses propres envies. Il a besoin de choisir et de faire « tout  seul ». Une phase d’affirmation de soi qui peut durer de quelques jours à quelques mois, selon l’attitude des adultes. Nous pourrions d’ailleurs l’assimiler à une forme de mini-adolescence. Cette nouvelle autonomie tend à surprendre les adultes, parents comme professionnels, voire à les contrarier, les vexer, les offenser. Cet enfant qui, jusqu’à aujourd’hui, les écoutait et respectait (plus ou moins) leurs consignes à la lettre commence à leur dire non, à s’affirmer et à profiter de son nouveau libre-arbitre. Un comportement qui en déconcerte plus d’un : « Ce n’est quand même pas un enfant de 2 ans qui va faire la loi et tenir tête à un adulte de 40 ans ! » marmonnent moult professionnels. Dès lors s’instaure un rapport de force dans lequel nombre d’entre vous tiennent, coûte que coûte, à avoir le dernier mot.
Il ne s’oppose pas, il se différencie. 
Naturellement, l’enfant à cet âge cherche à se différencier de l’adulte (et non pas à s’y opposer comme on pourrait le croire). Et contrairement aux apparences, ce n’est pas l’enfant qui impulse véritablement ce rapport de force mais plutôt l’adulte. Avant l’âge de 4 ans, rappelons que le tout-petit n’est pas encore décentré, c’est-à-dire qu’il n’est pas encore en mesure de comprendre que l’autre a un point de vue, des croyances, des besoins différents des siens. En un mot, il est encore littéralement égocentrique. Ainsi, ce que vous prenez à tort pour de la provocation, de la mauvaise volonté ou de l’insolence n’est autre que la manifestation d’un besoin non assouvi à un temps T. Notre adulto-morphisme, à savoir notre tendance à interpréter les comportements des jeunes enfants sur la base de nos propres comportements d’adultes, vous joue des tours et vous met une véritable pression sur les épaules. Trop souvent, nous oublions que le tout-petit a un cerveau tout à fait immature et que ses capacités intellectuelles ne sont pas comparables avec celles des adultes ! Rappelons que le rapport adulte-enfant n’est pas un rapport égal et horizontal, mais un rapport du plus fort au plus faible.
Rien à voir avec un caprice.
Il se peut que l’enfant se mette en colère, crie, pleure, se roule par terre, parce que vous lui refusez quelque chose. De votre point de vue d’adulte, cette réaction est excessive, exagérée. Pas de doute, pour vous c’est un caprice ! Le point de vue de l’enfant est tout à fait différent. Ce qui est, pour vous, anecdotique est, pour lui, un réel drame. A cet âge, un tout-petit n’est pas en capacité de relativiser. A ce moment précis, il traverse alors une véritable tempête émotionnelle. Quand l’un des besoins fondamentaux d’un enfant est non assouvi (besoin d’attention, de sécurité, de calme), son cerveau émotionnel et archaïque est suractivé, tandis que son cerveau frontal, celui qui lui permet de raisonner, de comprendre la situation, est sous-activé. De ce fait, il perd le contrôle de ses émotions et a besoin de l’adulte pour se rassurer, se sécuriser. Notons au passage que le cerveau émotionnel et archaïque de l’enfant domine jusqu’à l’âge de 3/4 ans.  
Plus il est fatigué, plus il s’oppose.
Il arrive que l’enfant « contredise » davantage l’adulte en fin d’après-midi lorsqu’il est stressé, épuisé par une journée de crèche longue et stimulante. Il a de plus en plus de difficulté à tolérer la frustration. Son stress s’accumule, ses ressources s’amenuisent. Si bien qu’à un moment, il explose : il se met en colère pour une raison qui va vous paraître insignifiante (vous lui rappelez par exemple qu’il n’a pas le droit de monter sur ce meuble), un peu comme si la goutte d’eau venait de faire déborder le vase. Ce comportement lui permet tout simplement de se décharger de toutes ses tensions accumulées tout au long de sa journée.
Il réagit à votre attitude autoritaire.
L'enfant arrive à un stade de développement où il a besoin d’avoir une certaine marge de manœuvre pour bien s’épanouir. Ainsi, lorsque l’adulte est trop dans le contrôle et émet à son égard des consignes toujours très autoritaires et verticales, l’enfant peut se sentir oppressé, tendu, ce qui va augmenter son niveau de stress et baisser son seuil de tolérance à la frustration. Dès lors, il risque de dérocher et d’entrer dans un phénomène d’opposition.  

Comment réagir ?
Restez calme et posé.
Rappelez-vous que le rapport de force est souvent institué par l’adulte qui perd patience face à la réaction déconcertante de l’enfant. Lorsque la moutarde vous monte au nez, tentez de respirer profondément pour retrouver votre calme et vous reconnecter à votre raisonnement. Rappelez-vous qu’il ne fait pas exprès ! Si cela ne fonctionne pas, passez le relais à votre collègue. Votre frustration tend à vous rendre agressif ce qui va, immanquablement cultiver la frustration de votre petit interlocuteur. Vous voilà alors tous deux plongés dans un cercle vicieux ! En maîtrisant vos propres émotions et en recevant avec bienveillance celles de l’enfant, vous lui apprenez, petit à petit, à mieux contrôler ses émotions. 
Gardez en tête que toute manifestation d’opposition de sa part, toute colère, exprime chez lui un besoin insatisfait. 
Peut-être l’enfant réagit-il à votre attitude, une peur, un manque d’attention, une fatigue croissante. Ainsi, cherchez à anticiper et à agir sur les causes de sa réaction plutôt que sur ses conséquences. En clair, tentez d’identifier lequel de ses besoins est ici insatisfait.
Proposez-lui régulièrement des câlins ou des temps de jeu individuel ! 
Le contact bienveillant avec l’adulte permet de libérer en lui de l’ocytocine, une hormone de l’attachement qui a le mérite de diminuer son état de stress et d’augmenter sa sensation de bien-être. Un enfant ressourcé sera plus enclin à vous écouter qu’un enfant tendu et stressé !
Laissez-lui une marge de manœuvre, aussi petite soit-elle, lorsque vous attendez quelque chose de lui. 
Votre objectif ? Eviter le rapport de force. Vous pouvez par exemple transformer votre consigne (« va te coucher ! ») sous forme de question : « nous venons de déjeuner. D’après toi, qu’est-ce qu’il se passe maintenant : c’est le moment d’aller jouer dans l’atrium ou d’aller faire la sieste ? ». Pourquoi ne pas également lui laisser une petite liberté de choix : « tu préfères aller te coucher avec ton doudou, avec la photo de tes parents ou les deux en même temps ? ». Il ne s’agit pas de « céder » (car coûte que coûte il ira se coucher), mais de parvenir à votre objectif de manière alternative.
Confiez-lui une mission. Si vous sentez que l’enfant est sur le point de ne pas vous écouter ou de faire l’inverse de ce que vous lui demandez, confiez-lui une mission à sa portée. Par exemple : « Est-ce que tu pourrais apporter à Nathan et Louise leurs doudous sur leur lit ? Ils les ont oubliés ! ». Celle-ci permettra d’occuper son cerveau et qui plus est, de le valoriser, de le responsabiliser. Pour que l’effet soir garanti, n’oubliez surtout pas de l’encourager et de le féliciter quand la mission aura été brillamment effectuée !
Héloïse Junier, psychologue en crèche
Par
Héloïse Junier, psychologue

Jeux de transvasement

JOUER POUR GRANDIR

Jeux de transvasement : le grand plaisir des tout-petits

Verser, renverser, remplir, vider, recommencer, transvaser …Avec du sable, de l’eau, des billes, des cailloux, des bouchons, des lentilles… Mettre dans la boîte, dans le bac, dans le seau  puis les retirer … Les enfants adorent ces  jeux de transvasement qui  sont non seulement pour eux une  source de plaisir inépuisable, mais aussi une mine d’apprentissages 

 
Enfants qui font un jeu de transvasement
Il faut les voir, appliqués, concentrés en train de mettre du sable dans un seau puis de le remettre dans le bac, puis recommencer et en perdre la moitié à chaque fois ! Il suffit de les regarder tamiser, filtrer, transvaser encore et encore  pour comprendre quels efforts ils déploient, quel plaisir ils prennent et tout ce que, sans en avoir à l’air, ils sont en train d’acquérir. D’ailleurs, les jeux de transvasement sont parmi les piliers de la pédagogie Montessori qui a développé toute une théorie sur leur utilisation et leur rôle.

Un jeu évolutif et diversifié
Dés la fin de leur première année,  le jeu de transvasement  intéresse les petits et  va les accompagner pendant plusieurs années encore. Normal puisqu’en fonction de l'âge, il permet à l'enfant d’expérimenter et de développer toutes sortes de sensations  ou apprentissages. C’est un jeu évolue au fur et à mesure que se développent els capacités et compétences du tout-petit. Lui offrant ainsi la possibilité de faire de nouveaux apprentissages. Au départ, il y a la sensorialité et le plaisir de toucher et découvrir des textures différentes aux propriétés physiques différents (balles, eau, sable , haricots secs etc.). Puis rentrent en jeu la motricité fine (coordination, précision, utilisation d’un outil), mais aussi l’autonomie (on fait soi-même, on apprend à se servir et  la concentration comme tout ce qui demande effort et habileté. Ces jeux permettent aussi le développement de pensée logique (résolution d’un problème, relation de cause à effet, découverte des dimensions). C’est même un jeu qui  aide à renforcer l'estime de soi. "Effectivement à tous les âges, ce jeu favorise l'ensemble de ces développements, mais de manière plus fine, plus évoluée ou plus intense plus l'enfant grandit, explique Anne-Sophie Casal, psychologue, spécialiste du jeu et l’enfant. *. Par exemple, l'enfant a besoin de se concentrer dans la plupart de ses actions, pour saisir un objet pour le plus jeune, ou pour assurer un geste précis combiné à l'utilisation d'un outil pour le plus âgé. Je rajouterais la découverte et l’expérimentation des notions de dedans/dehors, petits et grands, contenant et contenu".

L'importance des éléments à transvaser
Au fur et à mesure que l'enfant grandit donc, le jeu de transvasement évolue demandant un choix assez vaste d'ustensiles pour transvaser, de contenants et d'éléments à transvaser.
Les objets à transvaser deviennent de plus en plus fins : on commence avec des bouchons de bouteilles de lait, on finit avec des petites perles par exemple. En variant les éléments à transvaser l'enfant va découvrir des matières et des textures différentes. Pour la sécurité des jeunes enfants, il est indispensable de commencer par transvaser de gros éléments "qui ne pourront pas être mis en bouche totalement, mais mordiller ou suçoter sans danger, la découverte passant toujours par la mise en bouche", souligne Anne-Sophie Casal. Dans le cadre professionnel, il faut aussi veiller à ne pas être "maladroit" dans le choix des éléments à transvaser. "En effet, pour certaines personnes, transvaser des lentilles ou des coquillettes peut être mal perçu (on ne joue pas avec la nourriture, il est difficile de manger à sa faim...), poursuit- elle

Une grande variété de contenants et d’ustensiles
L'enfant utilise d'abord sa main, puis des contenants et enfin des outils nécessitant de plus en plus de précision : louche, cuillère à soupe, petite cuillère…). Les contenants peuvent également devenir de plus en plus étroits ou fragiles "utiliser des contenants fragiles, c'est une manière de dire à l'enfant qu'on lui fait confiance, et donc de le valoriser : il utilise les objets des grands", précise Anne-Sophie Casal. Pour les plus jeunes mieux vaut privilégier des contenants en plastique, en métal, en carton. Et ne pas oublier de  varier les formes (bassines, petits bols, seau de plage, verres à mesurer, bouteilles en plastique ). Ou les styles : récipients à trous qui, selon leur taille, laisseront ou non passer les éléments à transvaser (passoire, entonnoir). Les jeux de transvasement utilisent beaucoup à la batterie de cuisine ! Enfin des couleurs, des textures, des formes et des tailles différentes permettent d'offrir d'autres vecteurs d'explorations sensorielle . « L'enfant peut regarder par transparence, déformer un contenant, observer les différentes textures avec ses doigts, mais aussi avec sa bouche", rappelle Anne-Sophie  Casal

Côté sécurité, la vigilance s'impose
Que le jeu soit libre ou proposé dans le cadre d’un atelier , l'enfant doit rester sous le regard bienveillant d'un professionnel, tant pour assurer sa sécurité physique, que pour sa sécurité affective (confiance, valorisation de soi…). "On peut toutefois proposer des supports de jeu plus 'risqués', précise Anne-Sophie Casal. Cela fait également partie du rôle éducatif des professionnels de la petite enfance : accompagner les enfants dans leur rapport aux objets de leur environnement. Si un enfant peut manipuler des billes sous le regard d'un adulte, il apprendra (à force de lui répéter) qu'il ne faut pas les mettre à la bouche, ni dans le nez, ni dans les oreilles, mais il sera quand même autorisé à les manipuler ce qui favorise la compréhension de l'environnement matériel et l'estime de soi, mais aussi l'autonomie et la sécurité".


 
*Spécialisée dans le développement du jeune enfant et de ses lieux d'accueil, Anne-Sophie Casal est psychologue et responsable du secteur petite-enfance du Centre national de Formation aux Métiers du Jeu et du Jouet (FM2J). Elle est également Co-auteur du livre "le jeu de l'enfant" publié aux Editions Vuibert.




 

A la crèche, prévoir un lieu spécifique pour ce jeu

Dans un souci de sécurité, surtout si on utilise de petits éléments, il convient de délimiter une zone et un temps de jeu de transvasement. Les tout petits ne doivent pas y avoir accès et on veille à bien à "nettoyer" la zone quand le jeu est terminé. Pour les plus jeunes, quelques gros bouchons (4 ou 5) et deux bassines suffisent, des éléments pouvant rester à disposition en jeu libre. "Les plus grands investiront également cet espace pour se l'approprier ce qui leur permet de développement la motricité fine et globale, la coordination des gestes et le rapport du corps à l'espace".précise Anne-Sophie Casal.
 
Article rédigé par : Catherine Amexandre

LA SOCIALISATION DES ENFANTS SELON LES ÉTAPES DU DÉVELOPPEMENT

LA SOCIALISATION DES ENFANTS SELON LES ÉTAPES DU DÉVELOPPEMENT

18-36 mois : comment améliorer les relations et les comportements des enfants

A partir de 18 mois, les enfants entrent de plus en plus en relation entre eux pour jouer ou faire des activités. Malheureusement cette tranche d'âge est aussi synonyme de conflits qui en arrivent aux morsures, griffures et coups. Comment aider les enfants à s'exprimer autrement que par le corps ? Zoom sur trois actes dits « agressifs » qui sont récurrents en établissement de la petite enfance : les morsures, les griffures et les enfants qui poussent. Et propositions de méthodes en lien avec le développement de l'enfant, pour diminuer ces comportements qui questionnent les équipes.
Istock
Socialisation-18mois-36mois
Des jeux pour gérer l'agressivité
Les actes violents interviennent tout au long de la petite enfance et dans toutes les sections. Ils ont des raisons différentes mais un résultat douloureux dans tous les cas pour celui qui la subit. Si vous avez déjà vu un jeune enfant se faire mordre, par exemple, vous avez constaté qu'il n'essaie pas de s'échapper de l'étreinte du « mordeur ». Nous retrouvons cette passivité dans d'autres situations où l'enfant n'a pas le réflexe de s'extirper de la menace. Lors d'une noyade, il ne se débat pas ou, quand il se brule, il ne retire pas sa main. Plusieurs auteurs émettent l'hypothèse que l'enfant attend que la douleur cesse d'elle-même. Si je ne bouge plus, elle s'arrêtera d'elle-même. Il est donc conseillé d'apprendre aux enfants des phrases pour empêcher de se faire mordre ou taper. On peut utiliser des figurines sous la forme d'animaux pour simuler les attaques ou les morsures. On explique aux enfants que les jeux avec les animaux en plastique sont un espace où ils sont libres de faire et d'exprimer cette agressivité mais, dans la section, nous réglons les problèmes avec l'aide des mots ou avec l'aide d'un adulte. Nous permettons alors aux enfants d'avoir un lieu pour sortir l'agressivité qui est normale et indispensable à cet âge. Un enfant agressif doit questionner une équipe autant qu'un enfant qui ne montre aucun signe d'agressivité.

Ateliers construction-démolition
Trop souvent, dans les établissements petite enfance, l'agressivité est bannie. Or, les enfants doivent apprendre à gérer cette émotion comme la tristesse ou la joie. L'agressivité est souvent mal perçue par les professionnelles. Pour que les jeunes enfants puissent expérimenter leur force, on peut mettre des ateliers de démolitions : de briques, anciennes boîtes de mouchoirs, bouteilles de lait vides. La première étape est de construire, puis, de détruire. Pour socialiser ce moment, il faut instaurer une petite règle : « on peut détruire que ce que l'on construit ». Cela induit que les enfants font ensemble ou seul pour avoir le privilège de casser. Le but est de laisser des espaces dans la journée pour libérer les tensions, les colères et l'agressivité. Si vous réprimez trop l'agressivité dans une section, vous aurez l'effet inverse. Les enfants auront des actes d'agressivité différés. Des enfants, sans raisons apparentes, taperont ou mordront. Nous expliquons ces actes par une action produite dans la journée qui a été empêchée mais ce chérubin a gardé toute la colère en lui. Lorsqu'il sera sans surveillance, il libérera cette tension en lui sur un camarade qui n'était pas responsable de son problème. Les adultes ont parfois le même fonctionnement. Lorsqu'une journée a été dure au travail, nous rentrons chez nous et, sans raison, nous déversons la tension sur notre famille.

Jeux calmes, jeux dynamiques
L'outil le plus efficace pour aider les enfants à gérer cette agressivité et de leur proposer autant de jeux calmes que de jeux dynamiques. Mais, nous devons prévoir des jeux pour apprendre à maîtriser leurs corps et leurs forces. Les enfants aiment pousser les chaises car il y a une résistance donc ils doivent pousser fort. Nous pouvons leur proposer des activités identiques où ils portent, jettent des choses lourdes. L'endroit sera sécurisé et tout le monde peut s’exercer. Quand il y a des griffures, il est souhaitable de favoriser les activités où les mains sont en action puisque la tension passe par les doigts pour sortir. Les jeux de sable, pâte à modeler ou eau sont de très bonnes indications pour résoudre ces problèmes. Pour les morsures, vous pouvez proposer un anneau de dentition mais les grands enfants n'en sont pas fans. Si vous avez une poupée ou un jouet à cet usage, cela sera parfait. Si quelqu'un a besoin de taper ou mordre, vous l'orienterez sur cet objet. Vous n'interdisez pas, vous canalisez. Or, vous savez  combien, à cet âge, ils aiment transgresser les règles alors évitez d'en ajouter une pour leur plaisir. Il est différent de dire : « ne fais pas ! » de « tu peux faire ça, là-bas ! ».          

Comprendre le contexte des actes agressifs
La difficulté quand un jeune enfant pose problème est de retracer ses actions. Nous sommes souvent pris par plusieurs tâches et nous ne voyons pas la situation dans sa globalité. La première action serait de mettre un petit journal de bord pour les bambins qui nous préoccupent. Le but est de retracer les moments et les heures où il y a eu des problèmes. Parfois, nous allons découvrir que c'est toujours à la même heure ou avec les mêmes professionnels. Dans ce cas, le problème consiste à réfléchir sur le point qui dérange : nombre d'enfants, rythme de la journée ou encadrement du groupe de la section. Dans d'autres cas, il n'y aura qu'une seule victime dans toutes les situations. Nous proposerons alors de travailler avec ces deux enfants. Les camarades qui passent beaucoup de temps ensemble finissent, parfois, par ne plus se supporter. Il faudra donc faire donc attention à proposer des activités où les deux protagonistes soient séparés pour mieux se retrouver. De temps en temps, il faut aussi que les accueillants fassent de la médiatisation entre deux copains de section. Un travail en petit groupe sera nécessaire afin d'aider à mettre en mot les difficultés dans la relation. On pourra alors proposer d'autres modes de communication.

Un garde du corps pour le « petit agresseur »
Il y a des circonstances où le jeune enfant qui posera des problèmes nécessiteront un garde du corps. J'entends par là, une personne qui le suit et remet les bases de la communication et de la socialisation avec lui. Vous me direz c'est difficile d'avoir un adulte pour un enfant. Mais, il vous sera encore plus difficile d'avoir un enfant qui pose problème toute la journée. Nous savons que très vite les parents de la section se plaindront et le phénomène d'imitation, propre à cette tranche d'âge, augmentera la complication. Quand un enfant mord, tape ou pousse, le premier acte est de le « sevrer », dans le sens de perdre cette sensation. Si par malheur, il arrive à ses fins, ne lui dits pas : « c'est pas possible de faire ça ! » car il vient de le faire donc votre phrase perd tout son sens. Il préférable de lui dire : « Ici, on ne fait pas comme cela quand on est en colère mais on le dit avec des mots ou avec l'aide d'un adulte ». Vous pouvez lui proposer des phrases ou des attitudes pour la situation.
Si l'enfant demande beaucoup d'attention par son comportement, vous ferez des tours de surveillance afin de ne lasser pas celui qui a le rôle de « surveillant ». Bien évidement, vous prendrez le temps d'expliquer à ce chérubin les raisons de la proximité avec un adulte. Puis, au fur et à mesure, vous prendrez de la distance quand le comportement s'améliorera.
Le journal de bord vous permettra de visualiser l'amélioration du comportement de façon objective car, parfois, la mémoire a des failles. Dans toutes les situations, vous devez savoir que le temps et la répétition seront vos meilleurs outils. La cohérence d'équipe dans le choix d'une méthode permet  aux enfants d'être contenus et soutenus par ce travail. Bien évidement, les propositions ne sont que des suggestions et, si votre équipe comporte un psychologue, vous mettrez en place un travail plus spécifique dans l'unité de vie.

 
Article rédigé par : Frédéric Groux, EJe, psychologue de crèche

ACQUISITION DU LANGAGE

ACQUISITION DU LANGAGE

Babillage : une étape primordiale dans le développement du langage

« Bababa », « tatatata », les enfants babillent à l’unisson dans la crèche ou chez l’assistante maternelle et s’entrainent à produire différents phonèmes. Cette étape est très importante dans le développement du langage puisqu’elle est la phase d’appropriation de la langue maternelle. Zoom sur le babillage. 
le babillage trés important dans le developpement du langage
Du premier cri au babillage
Au départ, dans le développement du langage, il y a le cri. Puis, le bébé fait des petits bruits, quand il bouge, qui sont des vagissements. Il va ensuite produire des sons qui sont plutôt des voyelles comme « aaeeeuuu ». Cette phase s’appelle le jasis. Pendant cette période, l’enfant s’amuse à répéter ces sons dans son lit et joue aussi avec les aïgus et les graves.
Puis le jasis se modifie peu à peu pour devenir des « awaaa », « aye aye aye ». C’est l’ébauche du babillage puisqu’il y a une distinction d’un son à l’autre et que des consonnes apparaissent.
Vers 3-4 mois, quand le bébé commence à mieux maitriser sa tête, qu’il tient assis calé avec des coussins, qu’il commence à attraper des objets, il y a une modification physique qui s’opère. Son larynx, qui était jusqu’alors très haut, va descendre. L’espace laissé par cette nouvelle position va permettre à la langue d’être plus mobile. Naissent alors les « r » (on dit que l’enfant roucoule), « qu », « gu » et le « é ». Puis, vers 6 mois, les « bababa », « tatatatata », apparaissent. C’est le fameux stade du babillage canonique. Cette étape marque l’apparition de syllabes constituées de consonnes et de voyelles dans le langage du bébé (auparavant, c’était soit l’un soit l’autre).

L’apparition progressive de nouveaux phonèmes
Les consonnes n’apparaissent pas dans n’importe quel ordre. Elles suivent le développement moteur de l’enfant et sa maturation. Ainsi, les premières consonnes du babillage qui se manifestent vers 4/6 mois sont les « p » et les « b » pour former les fameux « papappapapa », « babababa ».
Viennent dans le même temps, d’autres phonèmes dits explosifs, (quand la langue tape contre le palais) : le « tttt » et le « ddd ». Cela explique pourquoi l’enfant prononce souvent « Papa » en premier lieu, que ce soit en Français, « Baba », en Russe, ou « Daddy » en Anglais. 
Petit à petit, le babillage évolue avec les nasales « m » « n » « an » « on » et les « qu », « gu ». Puis ça se complique pour les bébés ! Apparaissent en effet les « r » et les « l ». Certains parviennent rapidement à les produire, d’autres à l’inverse, ne trouvent pas comment mobiliser leur langue pour réaliser ces sons.
En dernier, arrivent les « s », « z », « v », « f », « ch », « j ». Cet apprentissage prend énormément de temps puisque certains petits de 4 ans n’ont pas encore le « ch » ou le « j » et vont par exemple dire « z’ai une zolie jupe ». Mais en général, à 4,5 ans, 90% des enfants ont acquis tous les sons. « Un enfant met 12 mois à marcher mais 6 ans à parler, » s’amuse Magali Dussourd-Deparis, orthophoniste.

Le babillage, une étape obligatoire dans le développement du langage
Le babillage est une étape cruciale dans le développement du langage car l’enfant s’entraine à produire ces phonèmes, à positionner sa langue pour finalement construire des mots. « Un enfant qui a la sucette dans la bouche 24h/24h ne découvre pas certains mouvements de la langue. Il arrive en cabinet d’orthophonie et ne sait pas dire le « l », « p » ou « b » car ses lèvres étaient toujours en train de téter au lieu d’explorer », explique l’orthophoniste. 
Pendant cette période, l’enfant apprend aussi les « signes supra segmentaux de la parole », c’est à dire la longueur des voyelles, le rythme, les intonations, les accentuations… L’enfant va s’entrainer à réaliser ces signes et les adopter. Il n’est d’ailleurs pas rare d’entendre les bébés babiller en mettant une intonation, en montant leur voix dans les aigus pour formuler une interrogation, par exemple. On pense même parfois distinguer des mots, des courbes mélodiques plus marquées : c’est le protolangage. L’enfant va designer une corbeille de fruits, dire « ba » et l’adulte qui est en sa présence va lui dire : « tu veux une banane, c’est ça ? ». Petit à petit, le bébé va découvrir des phonèmes, s’entrainer, les répéter pour finalement produire des mots. Le babillage est donc une étape essentielle dans le développement du langage puisqu’il représente la phase d’appropriation de la langue maternelle.  Sans lui, l’apprentissage de la langue n’est pas possible. 

Pour plus d’informations sur le langage : http://www.info-langage.org/

Le mamané doit-il être employé par les professionnels de la petite enfance ?

Le mamané c’est la manière que tout le monde adopte pour s’adresser à un enfant. D’instinct, la façon de parler à un bébé change : la voix est douce, le débit est plus lent, la parole s’étire et on adapte notre vocabulaire. « On crée grâce à une enveloppe sonore, une communication spécifique avec le bébé », explique Magali Dussourd-Deparis. Que les professionnels de la petite enfance l’emploient avec les petits, l’orthophoniste n’y voit pas d’inconvénient. Elle précise cependant que « ce qui est important, c’est qu’ils s’adressent à l’enfant au niveau auquel celui-ci se situe. » En d’autres termes, il est pertinent d’employer le mamané avec un bébé qui babille mais pas avec un petit de 18 mois, qui possède déjà du vocabulaire et qui produit des mots-phrases.
Article rédigé par : Laure Marchal avec Magali Dussourd-Deparis, orthophoniste.

L'ACQUISITION DE LA PROPRETÉ

L'ACQUISITION DE LA PROPRETÉ

« Acquisition de la propreté » : le point de vue d’une psychomotricienne

Comment accompagner au mieux les enfants dans l’acquisition du contrôle des sphincters ? C’est ainsi qu’il faudrait se poser la question. Apprentissage, propreté  ne sont pas des termes appropriées pour parler de cette grande acquisition qui se fait pour la plupart des petits, très naturellement autour de 2 ans ½-3 ans. Par Monique Busquet, psychomotricienne.
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Ce que l’on appelle communément « l’acquisition de la propreté », par habitude et par facilité  est l’acquisition du contrôle des sphincters. Les sphincters sont les muscles qui permettent d’ouvrir et fermer la vessie et l’anus. Cette acquisition psychomotrice comme les autres acquisitions motrices du jeune enfant dépend essentiellement de la maturation neurologique 

 Un processus naturel et spontané, pas un pas un apprentissage !
Dans toutes les cultures et sociétés, il est constaté que l’âge moyen de cette acquisition est 2 ans et demi/3 ans. Et ce, quelle que soit la façon dont l’adulte intervient dans ce processus et accompagne l’enfant. Un réel contrôle sphinctérien est acquis lorsque l’enfant peut être attentif à ses sensations internes, savoir les analyser et donc savoir et décider quand il lui est nécessaire d’aller aux toilettes (et pas seulement quand l’adulte le lui dit.)  Il s’agit d’ailleurs d’un besoin physiologique et non d’une envie, comme on le dit communément. C’est un processus spontané et naturel. Dans nos sociétés occidentales, pendant longtemps, on ne savait pas que l’on pouvait faire confiance aux capacités de développement de l’enfant, et qu’il était important de respecter sa maturation. L’adulte pensait nécessaire de « dresser » l’enfant, le mettre « droit » (comme le mettre debout et marcher, par exemple), mais aussi de le civiliser, de le faire sortir d’un état qualifié « d’animal, d’archaïque, » pour le civiliser. C’est de cet état d’esprit et de cette peur, que vient l’habitude et la croyance qu’il faut enseigner à l’enfant et lui inculquer « la propreté ». On retrouve le côté moralisateur de ce terme : l’enfant passerait de sale à propre.   D’ailleurs, saleté et caca sont souvent confondus, par exemple quand il est dit à l’enfant  qu’ « une saleté par terre, c’est caca ».  Les matières fécales sont encore trop souvent commentées comme soit belles «  oh le joli cadeau ! », soit sales, « oh, ça pue »!   Non, c’est juste biologique. Ni bien, ni mal, ni beau, ni moche. Ce dressage commençait tôt : il s’agissait de  donner à l’enfant des habitudes, un conditionnement. Plus les adultes ont peur que l’enfant ne parvienne pas à acquérir cette capacité de contrôle, (et de fait ne pourrait être inscrit à l’école par exemple), plus ils veulent « y travailler tôt ». Mais le développement  d’un enfant ne se passe pas ainsi.

L’enfant sent et sait quand il est prêt
L’acquisition du contrôle sphinctérien dépend de la maturation neuromotrice et psychique de l’enfant : l’enfant doit être prêt dans son corps et sa tête. Il est d’ailleurs très fréquent de voir un enfant décider de retirer ses couches du jour au lendemain, « sans incident », à la grande surprise des adultes. L’enfant respecté dans son rythme et dans son intimité, ne grandit pas pour faire plaisir à l’adulte qui le lui demande, mais a plaisir à grandir, accompagné par l’adulte. Lorsque c’est l’adulte qui propose à l’enfant d’aller sur le pot à heures fixes ou quand il devine que l’enfant a besoin,  l’adulte fait le travail à la place de l’enfant ; il risque alors de l’empêcher de repérer lui-même ses propres sensations. Or, ce repérage et  l’analyse de ses sensations est une étape cruciale pour l’enfant. Sinon, l’enfant intègre qu’il doit contracter les sphincters en permanence sauf lorsque l’adulte lui dit de « les ouvrir ». Certains enfants peuvent même ne plus oser courir, ne plus parler, ne plus rire, ne plus dormir,  par peur et par incapacité de dissocier la contraction des muscles sphinctériens et des autres muscles nécessaires à ses jeux, ses mouvements, sa vitalité. Cela risque finalement de retarder une réelle acquisition de ce contrôle et d’occasionner plus « d’incidents par la suite », L’enfant  n’est alors pas autonome, il risque de se sentir en échec, dévalorisé, « pas à la hauteur de ce que l’on attend de lui » et risque par la suite de devenir inquiet, constipé  (problème de santé fréquent de nos sociétés)...

Alors comment accompagner au mieux les enfants ?   
• Respecter leur rythme de maturation neuromotrice et leur permettre de bouger librement
En 1947, F. Dolto écrivait au sujet de cette acquisition et indiquait un certain nombre d’actions, de coordinations et de signes de l’adresse de l’enfant qui permettraient de repérer où il en est dans sa maturation motrice. Parmi ces actions, elle indiquait la capacité à monter une échelle. Ce n’est qu’une indication : entraîner l’enfant à monter l’escabeau comme cela a été fait parfois dans les crèches, est un contre sens… Mais oui, plus un enfant expérimente ses capacités de mouvement, plus il est attentif à ses propres sensations, mieux il se connait, dans ses sensations et sa motricité.
• Respecter leur rythme de maturation psychique
 Il est vrai aussi que l’enfant doit pourvoir perdre ses matières fécales sans peur. Et là encore cela nécessite une maturation dont l’âge est variable selon les enfants. A la naissance, le bébé ne sait pas que les différentes parties de son corps lui appartient, il met un peu plus d’une année pour reconstituer ce puzzle, avoir conscience de son corps dans sa globalité, son unité. Ainsi, il faut attendre sa deuxième année, pour que l’enfant  touche son nez lorsqu’il voit une tache dans son reflet dans le miroir. A ce moment de son développement, perdre ses matières est aussi angoissant que perdre une main ou un pied. C’est pour cela que les jeunes enfants ont de vraies paniques lorsque l’on tire la chasse, on dans son bain ainsi qu’à la piscine. Il faut donc attendre encore plusieurs mois et beaucoup de jeux  pour que l’enfant prenne conscience que son corps est « comme un contenant », il reste entier même « lorsqu’il se vide ». La meilleure préparation est donc de proposer aux enfants toutes les matériaux possibles (eau, sable…) pour transvaser, vider, remplir….
• Les accompagner par la parole
Lorsque vous changez la couche d’un enfant, vous pouvez nommer que vous la jetez à la poubelle. Vous pouvez lui indiquer que lorsqu’il voudra,  il pourra aller aux toilettes comme les plus grands, ou sur un pot mis à disposition dans la salle de bain.
Et surtout rappelez-vous que cette acquisition concerne l’enfant d’abord ; que son corps n’est pas là pour vous faire plaisir…Rappelez-vous aussi que les conditions de cet apprentissage ont des conséquences sur le développement de sa personnalité dans sa globalité.


 
Article rédigé par : Monique Busquet
MODIFIÉ LE 25 AVRIL 2017

lundi 30 mai 2016

Développement de l'enfant de 0 à 6 ans (7)

Entre 2 et 3 ans : En route vers la découverte. 





 Développement psychomoteur 


Explorer le monde qui l’entoure, procure à l’enfant un grand plaisir et de multiples émotions. C’est par des essais multiples qu’il prend confiance dans ce que son corps ressent et évalue petit à petit ce qui est possible ou dangereux. L’enfant peut passer par des périodes d’excitation et de joie puis par des moments plus tristes, moins en sécurité. C’est à travers ces allers-retours que se développe son identité et sa confiance en lui. Dans cette exploration, l’adulte est celui qui permet à l’enfant de découvrir le monde en organisant l’environnement. Mais c’est lui aussi qui refrène les initiatives malencontreuses ou dangereuses et qui pose les premiers interdits. 

Attention à l’anticipation de catastrophes : « tu vas tomber » qui arrête l’enfant sans qu’il comprenne.

C’est l’adulte qui accompagne et reconnait les progrès de l’enfant, lui qui console des échecs et incite à de nouvelles tentatives. Cette période des essais peut être fatigante pour l’adulte qui doit en permanence poser des limites et en même temps encourager l’enfant. 

L’enfant a besoin que des mots justes soient posés sur ses émotions et découvertes. Il est important de ne jamais nier son ressenti : « ce n’est rien, cela ne fait pas mal » alors que l’enfant a vraiment mal. 

La coordination de l’enfant est de plus en plus ajustée ; il sait sauter à pieds joints, il fait du tricycle, il monte et descend les escaliers, il enlève ses chaussures. Il acquiert peu à peu la propreté de jour puis de nuit. Il dessine, peint…. 


 Développement affectif et social 


Il enrichit son vocabulaire, et commence à faire des phrases. Il est attentif à l’autre. Il utilise le « je ». Distinction de sexe. Il sait s’il est une fille ou un garçon. Il trouve du plaisir à dire « non ». 


 Jeux & jouets : 


L’enfant continue sa découverte du monde de manière de plus en plus autonome et s’affirme par opposition à l’adulte. Le « je » prononcé dans la troisième année est l’aboutissement de ce processus d’opposition. 

Dans cette période, il est important de proposer un matériel d’exploration varié, tout en gardant ses jouets favoris et en laissant l’enfant y revenir si besoin, sans jugement....

Il apprécie les activités d’intérieur avec un besoin de création : collages, pâte à modeler, peinture. Il aime montrer ce qu’il peut créer et commence à s’introduire dans le monde des adultes en « écrivant » ou en transportant des choses lourdes. 

Il est intéressant à ce moment, d’initier l’enfant aux jeux de société qui lui apprendront à comprendre des règles de jeu et à les respecter ; car c’est dans cette période que commencent à être intégrées certaines règles et interdits. 

L’enfant s’oppose mais il accepte petit à petit les limites. 

Il apprécie également tous les jeux d’imitation : dînettes, poupées, déguisements, garage….

Sans oublier, tous les jeux moteurs : ballons, trotteurs, toboggans…... 

L’enfant apprécie la compagnie des enfants de son âge, avec lesquels il joue, même si les relations sont encore très marquées de comportements « agressifs ». Il utilise l’imitation et peu à peu les jeux de faire-semblant, seul ou à plusieurs. L’enfant a besoin de reproduire la réalité concrète, la vie quotidienne (dînette, poupée, pompier, médecin…). 

D’une façon générale, les jeux de « faire-semblant » ont pour fonction de transposer des situations de la vie quotidienne, pour extérioriser et surmonter les émotions vécues (« jouer au médecin » pour surmonter l’angoisse de la visite médicale, « gronder sa poupée » en prenant le rôle de la maman…). L’enfant transforme les situations subies en devenant acteur. En ce sens, toutes les figurines qui représentent la famille (humaine ou animale) sont à proposer ainsi que les jouets de la réalité concrète. Il apprécie de faire « comme l’adulte », d’aider. La cuisine est d’ailleurs un lieu de découvertes sensorielles variées. On peut permettre aux enfants de manipuler, éplucher (en sécurité), sentir, goûter les légumes et les fruits à l’occasion de la préparation du repas, ce qui leur permet aussi d’appréhender l’aliment avant sa transformation. A cela s’ajoute le plaisir de participer à la vie en commun et à la préparation de ce qu’il va manger. 


 Activités & rôle de l’adulte


Accompagner l’enfant dans tous ses apprentissages et découvertes. 
Être interactif dans ses jeux. 
Accompagner l’enfant dans la socialisation : aire de jeux, parcs, bibliothèques. 









http://www.magny-les-hameaux.fr/sites/magnyleshameaux/files/media/petite-enfance/documentations/dvpt_de_lenft_de_0_a_6_ans_irts.pdf